John Wayne (suite et fin)
Je n'ai pas fini de vous raconter cet épisode qui est important.
Pour résumer, nous étions donc avec Stéphane, au Westin, la semaine suivant la fashion-week les quelques minutes après l'entretien.
Je suis attiré par ce bruit, de Dzinnn, Dziiinnn qui me fait penser aux éperons des cow-boys dans les westerns et je m'attends à voir surgir, de dos, John Wayne.
Mes yeux se portent naturellement vers "les bottes"...
...Et ce ne sont pas des éperons, mais de petites symbales sur des bottines.
Mon regard remonte : un leging, des mollets, des cuisses, des jambes longues, fines et musclées...un fessier en coeur et légèrement arrondi...un pull chauve-souris...c'est donc une femme? Pas un cow-boy? Une nuque longue, des cheveux blonds relevés et nouées en queue de cheval...vêtements de bonne facture...de couture peut-être? Putain, mais c'est une bombe!
Elle s'arrête, se plante, la tête haute puis, la tourne.
Mon Dieu, quelle beauté!
25-27 ans peut-être...le maquillage est impeccable. Le style, le goût, sûrs.
Elle inspecte la salle à la recherche d'une place, d'une table.
Elle nous a bien vus.
Elle réfléchit un court instant et se dirige vers la table dans mes 12H.
Là, je fais une erreur que nous faisons tous : j'arrête ce que je suis en train de faire. Je suis subjugué.
Stéphane me parle alors qu'elle avance :
Nan, mais là...là, elle a un air tellement blasée que ça gâche...
Je me tourne vers lui, ahuri par sa beauté irréelle. Irréelle au sens de hors du réel.
Une fois, avec une amie, j'avais croisé un mannequin homme de très haut niveau. Il était beau comme un Dieu. C'était indiscutable. Il faisait la pub du parfum
Déclaration de Cartier.
Elle me rappelle la mannequin de Guerlain, Lancôme ou je ne sais plus quelle marque.
Tout ça se passe très vite. Stéphane poursuit :
...Elle a l'air tellement blasée. Ca pue tellement le fric...blasée par le fric, si jeune...
Ce n'est pas un rejet du fric ou une jalousie de la part de Stéphane.
Je comprends ce qu'il veut dire.
Je me souviens d'une nana qui disait qu'elle aimait le luxe et à qui j'avais rétorqué que ce n'était pas avec nos moyens et là où l'on vit que l'on sait ce qu'est le luxe. ce n'est pas en se payant un sac Vuitton ou Chanel en économisant plusieurs mois que l'on sait ce que c'est.
Le luxe, c'est l'image de cette pub Dior où Claudia Schiffer descends d'une vielle Rolls, dans la cour d'un château, pour s'y rendre.
Là, c'est la Claudia de 25 ans d'aujourd'hui. une de ces mannequins qui ne slèvent pas en-dessous X0000 € la journée de travail à côtoyer les plus grands couturiers, industriels et artistes.
En même temps que je pense à tout ça, très, très vite,
le patron poursuit. Il a compris que bien que ce soit une folie...j'y pense. Je pensais voir John Wayne...et je la vois, elle. c'est un début d'ouverture. Casse-gueule, quasi impossible à maintenir en interaction ensuite mais...Et puis, j'ai aussi perçu la même chose que lui : là, c'est un autre monde.
On ne peut pas séduire tout le monde.
Je me range à ma raison quand il entame la phrase suivante :
S :
Là, si t'es pas capitaine d'industrie, acteur, artiste, rock-star...elle est tellement blasée malgré son âge, que c'est même pas la peine...
J'ai les yeux grands ouverts. Ca tourne à 1000 à l'heure dans ma tête. Elle vient de s'asseoir, face à nous à 6-7 mètres ce qui est peu, mais beaucoup dans un endroit aussi confiné, confortable et polissé.
J'hésite. Il a raison. Je le sais.
Et là :
S : En même temps...celui qui y va, là. Qui va lui parler, prendre son numéro ou autre chose...
W : (en moi-même) Heuu, non. c'est pas possible...
S : Même qui s'assieds et arrive à briser la glace et converser...
W : (Toujours en moi-même) Heuuu, mais même ça en fait...
S : Là, je lui laisse ma place. Mais là tout de suite. Je lui laisse ma place...
W :...Non mais...je sais bien que t'essayes de piquer mon ego de mâle

...mais là, c'est pas possible. C'est pas mon monde.
Et puis nous reprenons là où nous en étions.
Deux amis, visiblement homos, la rejoignent.
Elle regarde la salle comme n'importe qui regarde une salle dans un bar mais, quand elle regarde vers nous, elle baisse la tête et les yeux, prends une cacahuète ou une des saloperies confites servies dans des ramequins, puis relève le regard vers nous, le plante une demi-seconde, puis regarde de nouveau la salle et ses amis.
Je n'ai pas de regrets.
Il y a des gouffres que l'on ne franchit pas.
C'est ce soir -là, il me semble, que Stéphane m'a dit :
S : Je t'ai déjà parlé le Patrick?
P : Non, tu ne m'en as jamais parlé. C'est un de tes amis?
S : C'est un de ceux qui...il faudra que je t'en parle...