J'ai souvent lu des débats sur la pensée unique, le conditionnement, ici.
A l'époque où je lisais (dévorais) ce forum et ses articles, les premiers membres avaient une farouche volonté d'y échapper et un soucis constant du moyen d'y arriver.
Les membres que je lisais à l'époque débordaient d'ambition. C'était porteur.
Porteur car à cette époque, je sortais d'une décennie passée dans des garages à bricoler des voitures, espérant une gloire et une reconnaissance qui, de toute façon, ne changerait rien à ma vie.
C'était une fuite. Un mensonge à moi-même.
Une vie de geek qui, au lieu de jouer à Worlds of Warcraft, maniait la clé dynamométrique FACOM, la Dremel pour les conduits de culasses et passait des nuits à calculer sur un simulateur la meilleure combinaison d'arbre à cames pour le remplissage des chambres de combustion afin de développer couple et puissance.
Les Geeks de n'importe quoi, n'importe quelle passion vivent tous de la même manière, selon le même schéma.
Une vie personnelle insatisfaisante compensée par une vie "mieux" (

) dans un univers où d'autres Geeks les valorisent.
Il y a aussi des Geeks de la séduction, de la mode.
Pour ceux que j'ai côtoyé longtemps, jusqu'à donner des conférences de préparation, posséder le dernier vilebrequin, l'arbre à cames kivabien, la paire de culasses préparée par un grand nom est un objet de valorisation.
Se rendre au dernier meeting et être celui qui publie les photos en premier sur son blog, faire de l'audience, être au courant des derniers potins du milieu est un objet de valorisation.
Celui qui a l'info, la fait circuler existe.
Celui qui fait le meilleurs temps sur la piste (ou qui a le plus gros PC avec un processeur PPZ22X43 combiné à la dernière carte graphique en 1012 bits...ou le dernier écran plat) est socialement positionné au-dessus que ce lui qui fait/a moins selon l'échelle de valeur de la "communauté", du groupe constitué.
MAIS hors de ce microcosme, dans la société, dans sa globalité, cela n'a PAS de valeur.
Je sentais bien à cette époque, au moment de ma rencontre avec SpikeSeduction que quelque chose ne tournait pas rond dans ma vie. Je n'avais pas de réel recul dessus.
J'avais soigneusement évité le milieu de puis "ma prise de retraite" voilà deux ans et demi.
Il m'a fallu une bonne année pour décrocher complètement.
J'étais allé à un meeting en mai. Je m'étais rendu compte que hormis discuter voitures, point de débats, d'échanges. Rien ou si peu.
Samedi, à part un ami que j'étais venu visiter, point de salut ou de portes saisies vers un autre sujet.
Je les ai observé s'enfermer, s'enchaîner mentalement les uns, les autres, la hiérarchie se dessiner en fonction du savoir, de l'info (souvent techniquement erronée d'ailleurs...). Bref, se pignoler.
J'emploi de terme parce qu'au fond, ils passaient tous, tous leurs weekends dans une grange poussiéreuse pour au fond, quoi? Espérer être un peu aimé pour l'objet de leur geekerie et un peu de reconnaissance de leurs semblables.
Ce n'est pas une émancipation.
C'est une damnation, une condamnation à s'isoler toujours plus profondément dans ce microcosme qui, à part consommer leurs budgets et leur temps leur apporte en retour,
l'illusion d'être.
Evidemment, à tout projet, un budget.
La question du budget revenait sans cesse et un parfum d'excusite à l'évocation d'autres qui en avaient un plus important. C'est là que ça a fait tilt.
Des gens "intelligents" pourtant...
De bons jobs, des qualifications.
Mais pas un à se demander comment réaliser leurs rêves sans être enfermé dans le cadre de leur budget
Comment souscrire un crédit? Comment retaper deux ans une voiture pour la revendre (et y sacrifier tout son temps, au détriment de sa vie de famille, de couple). Et cela pour un hypothétique bénéfice qui, comptablement (au regard du tarif horaire), n'en n'est pas un.
Ceci combiné à des lectures sur la gestion du budget, de la banque, de l'épargne à 2,5%...qui ne font qu'exposer comment réduire ses frais, ses charges, ses abonnements, ses fringues, ses voyages.
Et au milieu, une idée.
Sur ce site, il y a trois piliers.
Look, lifestyle et séduction.
Très souvent, pour beaucoup (pas tous), ça se limite à du look pour séduire.
Le lifestyle se limite à connaître des endroits sympas où les cocktails sont pas chers. (allusion à un morceau d'Helmut Fritz que je trouve très drôle et qui a parfaitement saisi l'esprit de la classe moyenne parisienne et parisianniste).
Loin de moi l'idée de cracher dans la soupe

mais ce n'était pas l"aspiration des premiers membres.
On a tous nos objectifs, chacun à notre niveau et selon nos envies. Les miens ont évolué.
Ces dernières semaines, j'ai discuté avec un gamin de 18 ans qui se construit un business plan pour ne plus bosser à 40.
Un vêtement est trop cher? Un hôtel aussi? Une voiture?
Alors plutôt que de se demander comment faire rentrer un compromis dans un cadre, avoir le sentiment d'une vie moins étriquée, je choisis de me demander comment ne plus avoir à me poser ces questions.
Mais pour le comprendre, il faudrait que je vous raconte quelques anecdotes du dernier trimestre 2009.
Il faudra que je vous raconte comment j'ai saisi
la notion d'urgence et aussi, ce soir où je suis sorti au bout d'une demi-heure d'un lieu et en sortant, je me suis dit :
Ca pourrait être ça ma vie? Ca pourrait être ça tous les jours? Ca pourrait devenir ça, ma normalité?
Il y a de la colère et de la révolte dans mon ton.
Elle ne sont pas tournées contre le lecteur.
Elles sont tournées contre le temps perdu par des croyances idiotes...et forcément un peu contre moi qui me suis montré aveugle.