L'avantage du rite et du train-train régulier, c'est que l'on sait où vous trouver et quand.
Cigarette d'après-déjeuner. Le long du mur, assis à prendre le soleil, les gens.
Au milieu d'eux : Heather, accroupie en face.
Je la saisi par l'épaule et fait mine de la pousser pour qu'elle bascule. Rires, on se bise.
Derrière, à l'écart, Clarisse minvite de la main à la rejoindre, signe qu'elle éprouve assez de confort et que je suis entré dans son cercle social de travail. Elle déjeune rapidement d'un sandwich et d'une part de tarte aux fraises.
Badinage mou mais confortable sur sa jument. Elle aime en parler. Puis, nous empruntons le long couloir qui mène au hall d'entrée.
Dans le sas avant le couloir, je regarde ses jambes interminables. Il est temps de sexuer un peu:
M : T'as des jambes de combien?
C :
M : Elles font quelles longueur?
C : ...(le temps de comprendre)
M : J'avais une nana qui avait des jambes de 1m05 (peu importe le chiffre pourvu que ce soit plus qu'elle)
C : 1m je crois (elle place sa main comme pour mesurer par rapport à je ne sais pas quoi - elle me voit m'interogger sur son geste)
C : Oui, ça doit être ça!...C'est à cause des obstacles (de saut à cheval), je regarde et 1m10, c'est là.
M : Tu dois faire 1m, 1m03 de jambre.
C : 1m, 1m05, je sais pas
M : Je me souviens de ses jambes enroulées autour de ma taille : c'est terrible!
C : Je sais pas.

Je suis pas un homme
M : Moi, oui!
C :
Elle va se prendre un café à emporter. Elle m'invite à venir tout en évoquant un morceau qui lui trotte dans la tête. Je suis. Elle le chante mais c'est inreconnaissable.
Je cherche avec elle sur iTunes pour l'entendre. Je fais exprès de ne pas choisir le bon. Ca me permet de l'impliquer plus. Et on le trouve, écoute l'extrait.
Sans réfléchir, je le télécharge. Je n'ai pas de plan. J'aime bien ce morceau. Un vieux Ska un peu Rub a Dub frais et marrant.
On se sépare à l'entrée des bureaux.
5 minutes plus tard, elle débarque au miens :
C : T'as pas moyen de le faire écouter? Mes collègues le reconnaissent pas! Je voudrais leur faire écouter. (oui, on fait beaucoup de répétitions quand on parle)
J'ai déjà ouvert une fenêtre de travail. Elle demande, je suis le prix (ou le morceau de musique l'est?). Donner mais en temporisant. Récompense.
M : Ouaip...On va le transférer sur le PC et je vais te l'envoyer.
10 minutes après, je passe lui montrer où je l'ai déposé sur un disque commun.
Une discussion s'engage avec son collègue voisin, minet de 25 ans, beau gosse.
Prendre la main, prendre la main, prendre la main.
C'est lui qui m'ouvre la porte en me parlant d'automobile et d'une manip technique dont je parlais devant lui l'autre jour.
Clarisse cherche un ensemble de table et chaise pour sa terrasse. Je l'aide dans le choix : jeu de rôle au milieu de deux discussions croisées.
Dans le langage corporel, le ton, la gestion de la distance et la proximité entre nous trois, je veille à ce que nous sentions tous que Clarisse et moi sommes proches (le jeu de rôle pour choisir ses meubles comme un couple m'aide), lui est une pièce rapportée qui ne fait pas encore partie du cercle. Il doit aimer les GTI, les tunings. Il est en demande et cherche un moyen de pouvoir en parler.
Rien de dit évidemment, juste dans la façon de m'adresser à lui, la hiérarchie de l'intimité et de la confidence. Bref, j'impose régles et rangs implicitement.
C'est jovial et joueur. Clarisse évoque de nouveau son age : 25, bientôt 26!
M : (taquin) Ah ouais! T'es grande maintenant.(comme à une enfant)
M : Ca te fait quoi?...1984...ah ouiiiii. J'avais 14 ans. J'embrassais déjà les filles dans les coins à cet age-là.
C :

Ah ben pas moi!
M : Sûr! A peine née, tu risquais pas.
C : Naaaan, à 14 ans. J'ai commencé plus tard. 16 ans.
M : Noooon, c'est pas vrai? t'as attendu 16 ans?
C : Ouais mais après...

(en le regardant)
M : Ouais...t'as enchainé grave!
C : Nooonnn. J'ai eu que des relations longues. Deux.
Et là, elle lâche LE truc :
C : Mais ça va peut-être pas durer! (et elle me regarde de nouveau)
M : (à moi-même : Yes!) J'en profite pour commencer à conclure l'entretien : choisis les vertes. Ca me reppelle chez ma grand-mère. Il y en avait au pieds du cèdre centenaire et du bananier, dans la cour, en face de l'écurie.
C : (taquine) Ha? Je te rappelle ta grand-mère?
Et on plaisante sur les "tu me rappelles ma mère", la différence entre un homme, à qui, une femme rappelle sa mère et une femme à qui, un homme, rappelle son père.
Dans le premier, c'est assexué, dévalorisant pour une femme, dans le second, c'est plutôt un compliment. Rapide passage sur l'image de la mère pour un homme, la "sainte".
M : Tu ne me rappelles pas ma mère (je sous-communique que je coucherais bien avec elle)
Elle acquiesse d'un hochement de tête et en prend note implicitement.
Je m'éjecte. Prolonger serait s'apesantir.