de Pascin » Vendredi 26 Mars
Stagiaire pigiste dans le média où je travaille, j'avais du aller l'aider.
Elle avait une robe à fleurs. Elle annonçait le printemps aussi surement que son décolleté donnait le vertige. Alors quand je l'entends dire qu'elle fait ce métier pour raconter des histoires, c'est aussi mon cerveau qui s'enflamme.
C'est la créativité qui ne sait pas encore s'annoncer qui habite cette phrase.
C'est fou ce qu'un simple décolleté provoque comme imagination.
Je l'avais taquiné quand elle revenait de ses micros trottoirs " Alors, les gens préfèrent ils les patates ou la purée ?" Et nous avions discuté de l'absurdité des médias. De leur capacité à n'exister que par le vide. Peut être aussi que pour le vide.
A d'autres moments, je l'ignorais. Mon regard ne suivait pas mes pensées, et dans l'absence, j'insufflais à cette femme mon idéal.
De même que j'hésite toujours à parler à un inconnu non par timidité mais par peur que dans sa présence banale se dessine les contours d'un autre merveilleux. Et que cet autre me manque.
Ce soir, c'était son dernier jour. Je ne l'avais pas croisé. En quittant mon boulot, je la vois revenir, bardée de son sac, d'une interview. Nous nous arrêtons, nous discutons cinq minutes.
"Je viendrais peut être ici en tant que pigiste bientôt. On se recroisera peut être."
Peut être aurais je pu forcer le destin. Le dompter à coup d'audace anodine. Peut être aurais je du. Mais je n'ai pas saisi son invitation. Je suis bien trop instable en ce moment pour avoir l'énergie de croire que ça vaille la peine.