Mise à jour quotidienne - Samedi 04 Février
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L'air parut soudain épais, gras, et les ombres profondes autour de Morty se bordèrent d'arcs-en-ciel bleus et violets. Le cavalier s'avanca à grands pas vers lui; sa cape noire flottait dans son dos et ses pieds produisaient de légers cliquetis sur les pavés. Il n'y avait pas d'autres bruits, le silence écraisait la place comme de gros paquets d'ouate.
Une plaque de verglas vint gacher l'effet impressionant.
" OH, FAIT CHIER. "
Bel Ami a écrit:Une petite touche de Montherlant en attendant mon train dans le froid.
Les Lépreuses a écrit:Contre le donjuanisme on nous dit : "Ah ! une seule femme, mais que l'on approfondit, de qui l'on tire des accords toujours plus merveilleux ! "
Et cela est tentant, en effet, à condition qu'on nous indique la recette pour trouver une femme en qui il y ait quelque chose à approfondir, et dont on puisse tirer ces époustouflants accords.
Car une seule femme, et qui est le vide... j'aime encore mieux mille et trois vides. Celle-ci, cramponnée à moi, et n'aimant ni moi, ni mon travail, ni l'amour. Qu'a-t-elle fait pour s'adapter à moi ? On n'aime pas un être, si on ne modifie pas sa propre vie pour y ajouter ou en retrancher quelque chose à cause de lui. Elle me souille en m'obligeant à une nourriture dite de gourmet, à laquelle je ne tiens pas et que je réprouve, en m'entraînant dans des endroits plus ou moins luxueux, où je me déplais et que je réprouve, parlons net : qui me font horreur. Ce côté grue qu'ont en puissance presque toutes les femmes, même les meilleures (comme lorsqu'elle chantonnait dans le taxi). Manger, toujours manger. Être vautré dans des fauteuils, des heures durant. Elle peut faire de moi le chapon français, le bourgeois au petit ventre, avec l'apéritif, la fine, le cigare, l'auto, la "belle vie". Froide, elle veut m'émasculer, par jalousie. Engourdie, elle veut m'engourdir. Ensuite ce sont les magasins, les achats de choses inutiles, c'est le cinéma, le théâtre, n'importe quoi pourvu que ce soit idiot, car il ne s'agit que de m'abêtir ici, comme de m'émasculer là.
Le tout avec des prudences pour n'être pas vu, parce qu'on est en grand deuil, parce qu'on piétine joyeusement le cadavre de son cher petit papa; la civilisation faite par les femmes : chacun tourné vers les autres, réglé par les autres, et inspiré par la frousse de ce que pensent les autres. Et toujours engloutir. Maintenant elle se met sérieusement à sa mainmise et à sa succion. Les femmes disent toujours qu'elles donnent, et elles ne font qu'engloutir. Voir leur posture dans l'acte (posture par ailleurs si ridicule : grenouillesque).
Elle voit en moi un être spécialement créé pour elle (le rêve de toute femme ! ), destiné à faire son bonheur, à lui apporter, avec une "situation" et la sécurité matérielle, un élément d'occupation et de distraction; chargé par la Providence de l'empêcher de s'ennuyer.
Cette ex-simple, ou fausse simple, ce qu'elle m'a englouti déjà de force, de substance, de temps, d'argent. L'engloutissement des vallées. La femme-vallée. Vallée dans son étreinte, vallée dans ses organes, vallée dans son essence, retranchée du monde, ne voyant que ce qui est à sa portée, entourée, limitée de murailles qui quelquefois sont son amour, et quelquefois ne le sont même pas. Et le climat anémiant des vallées.
Pagnol a écrit:Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme l’eau celle des moulins.
Cinq ans plus tard, je marchais derrière une voiture noire, dont les roues étaient si haute que je voyais les sabots des chevaux. J’étais vêtu de noir, et la main du petit Paul serrait la mienne de toutes ses forces. On emportait notre mère pour toujours.
De cette terrible journée, je n’ai pas d’autres souvenirs, comme si mes quinze ans avaient refusé d’admettre la force d’un chagrin qui pouvait me tuer.
(…)
Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins.
Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants.
Le château de ma mère

Conan Doyle a écrit:Je lui tendis la montre non sans malice : l’examen, je le savais, allait se révéler impossible, et le caquet de mon compagnon s’en trouverait rabattu. Il soupesa l’objet, scruta attentivement le cadran, ouvrit le boîtier et examina le mouvement d’abord à l’oeil nu, puis avec une loupe. J’eus du mal à retenir un sourire devant son visage déconfit lorsqu’il referma la montre et me la rendit.
« Il n’y a que peu d’indices, remarqua-t-il. La montre ayant été récemment nettoyée, je suis privé des traces les plus évocatrices.
– C’est exact ! répondis-je. Elle a été nettoyée avant de m’être remise. »
En moi-même, j’accusai mon compagnon de présenter une excuse boiteuse pour couvrir sa défaite. Quels indices pensait-il tirer d’une montre non nettoyée ?
« Bien que peu satisfaisante, mon enquête n’a pas été entièrement négative, observa-t-il, en fixant le plafond d’un regard terne et lointain. Si je ne me trompe, cette montre appartenait à votre frère aîné qui l’hérita de votre père.
– Ce sont sans doute les initiales H. W. gravées au dos du boîtier qui vous suggèrent cette explication ?
– Parfaitement. Le W. indique votre nom de famille. La montre date de près de cinquante ans ; les initiales sont aussi vieilles que la montre qui fut donc fabriquée pour la génération précédente. Les bijoux sont généralement donnés au fils aîné, lequel porte généralement de nom de son père. Or, votre père, si je me souviens bien, est décédé depuis plusieurs années. Il s’ensuit que la montre était entre les mains de votre frère aîné.
– Jusqu’ici, c’est vrai ! dis-je. Avez-vous trouvé autre chose ?
– C’était un homme négligent et désordonné ; oui, fort négligent. Il avait de bons atouts au départ, mais il les gaspilla. Il vécut dans une pauvreté coupée de courtes périodes de prospérité; et il est mort après s’être adonné à la boisson. Voilà tout ce que j’ai pu trouver. »
L’amertume déborda de mon coeur. Je bondis de mon fauteuil et arpentai furieusement la pièce malgré ma jambe blessée.
« C’est indigne de vous, Holmes ! m’écriai-je. Je ne vous aurais jamais cru capable d’une telle bassesse ! Vous vous êtes renseigné sur la vie de mon malheureux frère : et vous essayez de me faire croire que vous avez déduit ces renseignements par je ne sais quel moyen de fantaisie.
Ne vous attendez pas à ce que je croie que vous avez lu tout ceci dans une vieille montre ! C’est un procédé peu charitable qui, pour tout dire, frôle le charlatanisme.
– Mon cher docteur, je vous prie d’accepter mes excuses, dit-il gentiment. Voyant l’affaire comme un problème abstrait, j’ai oublié combien cela vous touchait de près et pouvait vous être pénible. Je vous assure, Watson, que j’ignorais tout de votre frère et jusqu’à son existence avant d’examiner cette montre.
– Alors, comment, au nom du Ciel, ces choses-là vous furent- elles révélées ? Tout est vrai, jusqu’au plus petit détail.
– Ah ! c’est de la chance ! Je ne pouvais dire que ce qui me paraissait le plus probable. Je ne m’attendais pas à être si exact.
– Ce n’était pas, simplement, un exercice de devinettes ?
– Non, non ; jamais je ne devine. C’est une habitude détestable, qui détruit la faculté de raisonner. Ce qui vous semble étrange l’est seulement parce que vous ne suivez pas mon raisonnement et n’observez pas les petits faits desquels on peut tirer de grandes déductions. Par exemple, j’ai commencé par dire que votre frère était négligent. Observez donc la partie inférieure du boîtier et vous remarquerez qu’il est non seulement légèrement cabossé en deux endroits, mais également couvert d’éraflures ; celles-ci ont été faites par d’autres objets : des clefs ou des pièces de monnaie qu’il mettait dans la même poche. Ce n’est sûrement pas un tour de force que de déduire la négligence chez un homme qui traite d’une manière aussi cavalière une montre de cinquante guinées. Ce n’est pas non plus un raisonnement génial qui me fait dire qu’un héritage comportant un objet d’une telle valeur a dû être substantiel. »
Je hochai la tête pour montrer que je le suivais.
« D’autre part, les prêteurs sur gages ont l’habitude en Angleterre de graver sur la montre, avec la pointe d’une épingle, le numéro du reçu délivré lors de la mise en gage de l’objet. C’est plus pratique qu’une étiquette qui risque d’être perdue ou transportée sur un autre article. Or, il n’y a pas moins de quatre numéros de cette sorte à l’intérieur du boîtier ; ma loupe les montre distinctement. D’où une première déduction : votre frère était souvent dans la gêne. Deuxième déduction : il connaissait des périodes de prospérité faute desquelles il n’aurait pu retirer sa montre. Enfin, je vous demande de regarder dans le couvercle intérieur l’orifice où s’introduit la clef du remontoir. Un homme sobre ne l’aurait pas rayé ainsi ! En revanche, toutes les montres des alcooliques portent les marques de mains pas trop sûres d’elles-mêmes pour remonter le mécanisme. Que reste-t-il donc de mystérieux dans mes explications?
– Tout est clair comme le jour, répondis-je. Je regrette d’avoir été injuste à votre égard. J’aurais dû témoigner d’une plus grande foi en vos capacités. Puis-je vous demander si vous avez une affaire sur le chantier en ce moment ?
« c'est là la triste destinée
Qui guette les esprits de tous les malheureux
Dont la vie a coulé sans blâme et sans louange.
Ils demeurent ici, mêlés au chœur mauvais
Des anges qui, jadis, ne furent ni rebelles
Ni fidèles à Dieu, mais n'aimèrent qu'eux-mêmes.
Le Ciel n'a pas admis d'en ternir sa beauté,
Et l'Enfer à son tour leur refuse l'entrée,
Car les autres damnés s'en feraient une gloire. »
« Maître, repris-je encore, quelle raison les fait
Se lamenter si fort et geindre ainsi sans cesse ? »
« Je te l'expliquerai, dit-il, en peu de mots.
Ceux-ci ne peuvent plus attendre une autre mort ;
Et leur vile existence est à ce point abjecte,
Qu'ils auraient mieux aimé n'importe quel destin.
Le monde ne veut pas garder leur souvenir,
La Pitié les dédaigne, ainsi que la Justice.
C'est assez parlé d'eux jette un regard et passe ! »
Winston se demanda vaguement si, dans le passé aboli, cela avait été un événement normal de dormir dans un lit comme celui-ci, dans la fraicheur d'un soir d'été, d'être un homme et une femme sans vêtements, de faire l'amour quand on le voulait, de converser sur des sujets que l'on choisissait, de ne sentir aucune obligation de se lever, d'être simplement étendu et d'écouter les sons paisibles de l'extérieur. Surement, il n'y avait jamais eu d'époque ou cela aurait paru naturel...
Philomèle tendait la gorge ; à la vue de l'épée, elle avait espéré la mort ; mais, tandis que sa langue indignée invoque sans cesse son père et s'efforce de parler, Térée la lui saisit avec des pinces et la coupe avec son épée barbare ; la racine de la langue s'agite au fond de la bouche ; la langue elle-même tombe et, toute frémissante, murmure encore sur la terre noire de sang ; comme frétille la queue d'un serpent mutilé, elle palpite et, en mourant, elle cherche à rejoindre le reste de la personne à qui elle appartient.
Pourtant, blessé, il s'écrie : "Viens à mon secours, ô soeur de ma mère, Autonoé ! laisse-toi fléchir par l'ombre d'Actéon." Elle ne sait qui est Actéon et elle tranche la main droite du suppliant ; il est encore mutilé par Ino, qui lui enlève l'autre. L'infortuné n'a plus de bras à tendre à sa mère ; mais il lui montre son corps amputé de ses membres, réduit à un tronc : "Regarde, ma mère", dit-il. A cette vue, Agavé pousse des hurlements, fait tournoyer son cou, agite sa chevelure dans les airs, arrache la tête de son fils et, la saisissant entre ses mains ensanglantées, elle crie : "Io ! mes compagnes, cette victoire est mon ouvrage ! ". Les feuilles qu'ont touchées les froids de l'automne et qui déjà tiennent à peine à la cime d'un arbre ne sont pas plus vite emportées par le vent que les membres de Penthée ne sont dispersés par ces mains cruelles.
Elles offrent de l'encens au dieu, qu'elles invoquent en l'appelant Bacchus, Bromius, Lyéus, né du feu, deux fois engendré, le seul qui ait eu deux mères ; ... enfant de Nysa, Thyonéen aux longs cheveux, Lénéus, celui qui a planté la vigne pour la joie de notre Génie, Nyctélius, Elélée notre père, Iacchus, Evhan, enfin elles lui donnent encore tous les noms que tu portes, ô Liber, dans les villes de la Grèce.
D'où provient l'Etna"Et toi, arbre, dont les rameaux n'abritent maintenant qu'un seul corps et bientôt en abriteront deux, garde les marques de notre trépas, porte à jamais des fruits sombres en signe de deuil, pour attester que deux amants t'arrosèrent de leur sang". Elle dit et, ayant fixé la pointe de l'épée au-dessous de sa poitrine, elle se laisse tomber sur le fer encore tiède du sang de Pyrame.
L'île immense de Trinacrie [la Sicile] a été jetée sur les membres d'un géant ; elle couvre, l'écrasant de son poids énorme, Typhée, qui avait osé aspirer au céleste séjour. Il lutte, s'efforce souvent de se relever... l'Etna accable sa tête ; couché sous la montagne, le farouche µTyphée rejette des flots de sable et vomit des flammes par sa bouche.
Vous voulez connaître les conséquences de cet accès de folie meurtrière que la déesse a fait naître en ces hommes ? Allez, je ne peux m'empêcher de le faire, c'est un tel délice...Sans plus tarder, l'implacable Tisiphone saisit une torche trempée dans le sang, revêt un manteau qu'un flot de sang a rougi, entoure sa taille d'un serpent, qui s'y enlace, et sort de sa demeure. A ses côtés marchent le Deuil, l'Effroi, la Terreur et la Folie au visage grimaçant. Elle s'était arrêtée devant le seuil du fils d'Eole ; les portes tremblèrent, dit-on, leurs battants d'érable perdirent leurs couleurs ; le soleil refusa sa lumière au pays. Ces prodiges remplirent de terreur l'épouse d'Athamas ; il en fut terrifié lui-même ; ils se préparaient à fuir de leur demeure : devant eux se dresse la funeste Erinys, qui leur barre le chemin et qui, étendant ses bras, où des vipères ont enroulé leur noeuds, secoue sa chevelure : des couleuvres s'agitent sur elle bruyamment ; les unes sont couchées sur ses épaules, les autres, qui rampent autour de sa poitrine, sifflent, rejettent leur bave et dardent leur langue au-dehors. Alors, du milieu de sa chevelure elle arrache deux serpents, qu'elle lance brusquement de sa main néfaste ; ils errent sur le sein d'Ino et d'Athamas et y soufflent leur haleine empestée ; ils ne font subir aucune blessure au corps des deux époux ; mais leur âme reçoit de terribles atteintes. L'Erynis avait apporté aussi avec elle des poisons fluides et merveilleux : l'écume de la gueule de Cerbère, le venin d'Echidna, la folie, qui fait divaguer, l'oubli, qui aveugle la raison, le crime, les larmes, la rage, la passion du meurtre, le tout broyé en un seul mélange ; après l'avoir détrempé avec du sang frais, elle l'avait fait bouillir dans les flancs d'un vase de bronze, en le tournant avec une tige de cigüe encore verte ; tandis que ses deux victimes sont saisies d'épouvante, elle verse dans leur poitrine ce poison qui met l'âme en fureur et elle trouble leur coeur jusqu'au fond. Puis, faisant tournoyer sa torche à plusieurs reprises, elle décrit rapidement un cercle où la flamme suit la flamme. Alors, triomphante, certaine d'avoir rempli sa mission, elle retourne au séjour des ombres, royaume du grand Dis, et dépose le serpent dont elle avait entouré sa ceinture.
Tout à coup, saisi de fureur, le fils d'Eole s'écrie au milieu de son palais : "Io ! mes compagnons, tendez vos filets dans ces bois ; je viens d'y voir une lionne avec deux lionceaux" ; et il s'élance sur les traces de son épouse, qu'il prend pour une bête sauvage, l'insensé ! Il arrache du sein de sa mère Léarque, qui souriait et lui tendait ses petits bras ; il le fait tournoyer deux ou trois fois dans les airs comme une fronde, puis il brise sans pitié contre un dur rocher la tête de l'enfant.
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