Merci les gars,
Rester frais et léger, même dans l'écriture, est un travail de tous les instants. Comme l'a dit de Vinci, "la simplicité est la plus grande des sophistications."
Animal, en effet, je compte monter une troupe avec un collègue qui revient en France courant décembre. Pour l'heure, je passe le plus clair de mon temps libre à une activité aussi chronophage que stressante : la recherche d'appart en plein Paris.
Pour ce qui est de la séduction, tu as bien cerné mon blocage. Mais plutôt que de théoriser, voici du concret (promis, après je laisse vos yeux se reposer) :
Zoé, Novembre 2011Il y a trois semaines, Hugo, un ami que j’ai rencontré sur les bancs de la fac, m’invite à prendre un verre sur Oberkampf. Avec lui se trouve Zoé, une grande blonde plutôt mignonne avec qui il avait plus ou moins flirté trois ans plus tôt. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’amis, même si je sens chez Zoé encore un soupçon d’attirance pour lui.
Je me rappelle des discussions que nous avions eu à l’époque, Hugo et moi, sur ce flirt inabouti.
« Ca me ferait bizarre de sortir avec elle, m’avait-il dit. Ce serait comme coucher avec un pote… »Et en effet, Zoé à ce quelque chose d’un « bon pote » dans son comportement, bien que ses atouts féminins soient indéniables. La discussion est vivante, le demoiselle se révèle disserte et ne se prive pas pour faire part de ses ressentis. Je parviens à canaliser l’échange sur le mode « sensation » et arrive même à sexuer. Ironiquement, il m’est plus facile de sexuer au sein d’un groupe qu’en tête à tête. Sans doute car je sais que rien ne se passera dans l’immédiat, du fait des autres et du manque d’intimité, et que je n’aurai donc pas à me lancer. L’audience est à la fois mon moteur et mon excuse.
Trois jours plus tard, la même petite équipe se retrouve pour un apéro, chez Hugo. Plus de monde cette fois-ci. Zoé arrive après moi mais s’arrange pour s’asseoir à mes côtés. Elle entame la discussion en disant qu’elle a acheté le livre que je lui ai conseillé (bon point, me dis-je.) La soirée se passe, sans plus de mouvements explicites. Nous convenons de nous retrouver le lundi suivant pour un resto, elle, Hugo et moi. Je me rends compte en l’écrivant que j’aurais à ce moment déjà dû m’affranchir de la présence de mon ami.
Toujours est-il que le resto se fera sans moi, victime d’une indigestion alimentaire. Le lendemain, je reçois un texto de la jeune femme qui prend de mes nouvelles. Nous ne nous étions pas échangé nos numéros, elle s’est donc arrangé pour avoir le mien. A ce moment-là, il est évident qu’elle est intéressée. Je le vois bien. Seulement, rien n’étant aussi facile dans mon monde, nous décidons de nous retrouver pour prendre un verre… avec Hugo.
Nouvelle soirée. Retour à Oberkampf avec un groupe d’amis. De nouveau elle s’assoit à mes côtés, et j’en profite pour être plus tactile. Rien de bien glorieux, je ne fais que l’effleurer et n’assume pas vraiment. Nous nous quittons à l’entrée du métro, avec pour projet de nous revoir la semaine suivante, en tête à tête. Sa bise est très appuyée, très près de mes lèvres… Mais non, je me fais encore dessus et la laisse partir.
Le rendez-vous arrive et cette fois, je suis gonflé à bloc. Ce soir-là, j’attaque ! D’ailleurs, j’arrive à nous caser dans un petit coin salon perdu au fond du bar (dont je m’apercevrais avec effroi quelques minutes plus tard qu’il sert de couloir aux cuistots pour aller de la cuisine à la réserve…) Le moral est à l'offensive, donc. Sauf que, ben non… J’arrive à garder la discussion dans le domaine du ressenti, mais mes efforts pour sexuer tombent à plat. Encore une fois, et malgré un langage corporel tout en décontraction, tout en regards profonds, je n’assume rien de chez rien. Au bout de deux heures, elle m’ouvre une porte aussi large que les Champs-Elysées :
Zoé : Je suis désolée, mais va falloir que j’y aille si je ne veux pas rater le dernier train.
Moi : Bien, dans ce cas allons-y.
Zoé : Non, mais il nous reste cinq minutes…
Je me doute bien, même alors, que ces cinq minutes ne sont pas faites pour que je lui explique en quoi
Waterworld a été un mauvais choix dans la carrière de Kevin Costner. Et pourtant, c’est ce que je fais. Ma tête me dit :
« Elle te déroule le tapis rouge, crétin. Embrasse-la ! Mais EMBRASSE-LA ! ». Mais mes tripes me disent… à vrai dire c’est là le problème : mes tripes ne me disent rien.
Sur le chemin du retour, après que nous nous soyons séparés, elle me relance par texto. Je joue avec elle, bien protégé par mon clavier. J’ai sorti ma paire d’iBalls. Je me trouve bien pathétique.
Tout cela nous amène donc à avant-hier. Nous nous mettons d’accord pour prendre un verre vite fait, avant qu’elle ne dîne avec ses copines. C’est elle qui choisit le bar. Et s’il y avait un message à faire passer, elle n’aurait pas pu mieux s’y prendre. Le bar en question :
Le rendez-vous des amis.
Non, pas de bandeau, je veux voir mes bourreaux.Néanmoins, il est hors de question que je me laisse piéger dans la
friendzone sans un baroud d’honneur. La soirée se passe comme les précédentes, à la différence que cette fois-ci, alors qu’aux Abbesses l’air est animé des néons de la foire itinérante et de l’odeur sucrée de la barbe-à-papa, je la stoppe alors qu’elle se penche pour me faire la bise :
Moi : Tu me permets un peu d’audace ce soir…
Zoé : Oh ! non. (regard plein de pitié – en fait je le veux bien, le bandeau) Je t’aime beaucoup, mais pas comme ça.
Je garde ma contenance et mon sourire, et lui souhaite une bonne soirée.
Quelques minutes plus tard, je reçois un texto éloquent :
Je suis vraiment désolée pour ce soir. Je t’aime beaucoup, je veux pas te faire de peine et j’avoue qu’à un moment je me suis dit que ça pourrait peut-être marcher, mais il manque quelque chose. [politesses, politesses] Bonne soirée.
Je ne les ai donc pas rêvées, les opportunités étaient là, mais je n’ai pas su les saisir au bon moment.
Cette série de rendez-vous est en fait assez symptomatique de mes flirts. Lorsque les gens ont à me décrire, généralement, c’est le terme « personnage » qui leur vient à la bouche. «
Noonan, ah ! oui, c’est un personnage. » Cela n’est pas anodin. J’ai un look le plus souvent très travaillé, limite guindé, couplé à un langage corporel nonchalant. Ce mélange des antagonismes me plaît et, souvent déstabilisant pour la personne en face de moi, participe à cette aura de mystère dont j’aime à m’entourer. Seulement un personnage, c’est avant tout une figure de style. Et dès lors que ces demoiselles me mettent à l’épreuve, le château de cartes qu’est leur niveau d’intérêt s’effondre.
j’avoue qu’à un moment je me suis dit que ça pourrait peut-être marcher
Tu l’as cru Zoé, et d’autres avant toi l’ont cru...