Aujourd'hui,
Le cercle rouge
Encore une fois, Delon est le héros d'un polar noir. Mais cette fois, c'est dans les années 70, sous la direction de Jean Pierre Melville, autre grand auteur et réalisateur du genre. Et accompagné de Bourvil dans l'un de ses trop rares rôles dramatiques, qui plus est le dernier, d'Yves Montand, dans un de ses meilleurs rôles également, et de Gian Maria Volonte, qui a fait les grands jours du cinéma italien et que les amateurs de Western reconnaîtront pour ses participations à la trilogie du dollar de Sergio Leone.
Le titre du film est tiré d'une citation fictive de Bouddha, qui après avoir tracé un cercle rouge, aurait dit: "les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge ".
Tout ce film tient dans cette phrase. L'histoire est celle d'un aristocrate du vol, fraîchement sorti de prison, qui recrute un évadé et un ancien policier tireur d'élite pour monter le casse du siècle. Ils sont poursuivis par un inspecteur de police tenace, qui va jouer toutes ses cartes pour les arrêter. Un univers sombre, froid, dans lequel on pourrait croire les personnages figés. Mais les tours et détours des évènements les ramèneront dans le cercle rouge.
S'il a connu quelques problèmes techniques, sa forme n'en reste pas moins exceptionnelle. La bande sonore d'Eric Demarsan (qui a entre autres officié sur l'Armée des Ombres, dont je parlerai un autre jour), pourrait suffire à illustrer le film, qui présente d'ailleurs l'une des plus longues scènes muettes du cinéma. Certes, le scénario repose sur une incohérence notoire comme la plupart des grands casses du cinéma, mais l'action (et je ne parle pas de pyrotechnie) est si prenante et les personnages si imposants qu'on se laissera happer aisément, sans avoir à forcer sa crédulité.
Sa longueur (2h30) n'est pas due à un excès de dramatisation, chaque scène est justifiée, chaque personnage prend son importance progressivement, et le suspense augmente à chaque seconde.
Un film dont on ne sort pas indemne, tant il est puissant psychologiquement.