Vos soirées, rendez-vous, aventures, etc.

Modérateurs: animal, lolalola

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By Stéphane
#105379 Ce qui vous attend sur les 5 prochaines semaines...


Episode 1 : Sensations
Episode 2 : Occasion
Episode 3 : Réactions
Episode 4 : Rédaction
Episode 5 : Dépression
Episode 6 : Rédaction (bis)
Episode 7 : Expédition
Episode 8 : Négociations
Episode 9 : Pulsations
Episode 10 : ... Séduction


Deux mots. A bien y réfléchir, il y a peu de choses dont je sois vraiment sûr, mais celle-ci en fait partie. On peut passer sa vie à attendre deux mots. Reste à savoir lesquels.

Episode 1 : "Sensations"

A 20 ans, j’attendais avec une frénésie toute adolescente qu’une femme me demande «prends-moi». A 25, qu’elle me dise «je t’aime». Et à 30, c’était «signez-ici». Le bonheur dure peut-être 3 ans (ou 5, en l’occurrence), mais il tient en deux mots ; ça, c’est moi qui vous le dis.

«Signez-ici», deux mots qui valent toutes les déclarations que l’on m’avait faites auparavant (et Dieu sait qu’il y en a eu, «tu es l’homme de ma vie et bla bla bla» - c’est rarement de cette vie-là dont elles parlent...). Sous réserve bien sûr que ce qui les précède ait un rapport bien particulier avec quelque chose qui compte pour moi. Et en l’occurrence, si cela compte autant pour moi, c’est que cela compte aussi beaucoup pour vous.

Alors je n’ai jamais su quoi répondre d’intelligent à «prends-moi», hormis s'exécuter sans tergiverser. C’est un peu mieux pour le «je t’aime» : avec un peu d’expérience, un regard sincère suffit à ne pas accorder à cette phrase plus d’importance que les mots dont elle se compose. Mais quand on me dit «signez-ici», je connais ma réponse, et elle sort dare-dare. Deux mots également, ou plutôt 2 initiales : S.E (accompagnées du gri-gri qui va bien autour). En ressortant du bureau tout vitré avec vue plongeante sur la Seine, j’avais quitté terre.

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La moquette ordinaire des couloirs me semblait du satin. La voix synthétique de l’ascenseur caressait mes oreilles mieux encore que celle d’une animatrice de FIP. Le vent qui faisait de Paris un esquimau glacé (nous étions en février) ne suffisait pas à mettre mon ébullition sous cloche. C’en était assez d’une petite brise à 0°c, il me fallait le blizzard. En passant devant les marches de la grande bibliothèque, je reprenais en coeur Living for the city avec mon iPod nano, et je chantais plus fort que Ray Charles sous coke (sans le rythme). Vous voyez la sensation que provoque en vous une inconnue toute mignonne qui vous tend son numéro avec le sourire aux lèvres et ses petites joues toutes roses ? Alors multipliez cette sensation par (environ) 25, et vous aurez une petite idée du modjo qui était le mien.

Et ce que j’avais bien pu signer ? Mon premier contrat d’auteur. Avec la maison d’édition n°1 en France, Flammarion.

Et c’est un peu à vous que je le dois. Si vous n’aviez pas été plus de 300.000 au total (en cumulé) à lire mes récits de rencontre sur Frenchtouchseduction (c’était avant qu’ils ne soient tous progressivement effacés, parce que j’avais refusé de payer le salaire mensuel exigé par le webmaster pour avoir le droit continuer à poster...), je n’aurais pas franchi le pas. Je n’aurais jamais sélectionné 30 pages un peu au hasard pour les envoyer à des éditeurs. Ils ne les auraient jamais lues. Je n’aurais jamais été invité dans leur bureau. Et j’aurais fait comme tous les autres, j’aurais auto-produit mon livre en Chine ou en Roumanie en expliquant à qui veut l’entendre que «c’est un choix de l’auteur» et que «c’est mieux».

On peut dire ce qu’on veut, je continue de penser que ce qui est toujours «mieux», c’est quand la qualité est reconnue par une maison de qualité (la même qu’un certain M.Houellebecq, pour ceux qui seraient restés éloignés un peu longtemps des actualités et d’un certain prix Goncourt...)

A suivre : épisode 2, "Occasion"
Modifié en dernier par Stéphane le Ven Avr 29, 2011 9:32 am, modifié 11 fois.
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By Léo
#105389 C'est remarquable ! Je suis pressé que ce livre apparaisse dans les rayons de ma librairie.
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By JulienG
#105392 Un début d'histoire intriguant. Un style tout à fait abordable. Une construction de récit qui ne vous fait ressentir qu'une chose : "encore".

Ah, les plaisirs distillés...

Au plaisir de te lire Stéphane prochainement et très content de ce qui t'arrive.

-Julien
P.S. : ambiance hitchcockienne pour ton choix de photo ;)
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By Orphée
#105394 J'étais persuadé, en lisant les premiers mots, que tu parlais de ça, d'un contrat d'auteur.

Sincèrement ravi pour toi et au plaisir de te lire "pour de vrai" :)

Et très curieux de lire la suite, c'est un monde qui me fascine !
By beeenj
#105399 félicitations :)
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By Yannick
#105427 Un livre qu'on attend évidement tous avec impatience.

Félicitations :wink:
By Memphis
#105436 Et bien félicitations à toi :-) !
Quelle collection, chez Flammarion ?
By Crooked
#105444 On ne se connait pas mais toutes mes félicitation, j'attends ton livre avec impatience !
As-tu déjà une idée de date de parution ?
By Dom Juan
#105445 16 mars.
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By Vala
#105447 Ah ? Moi j'avais vu ça (sur d'autres sites aussi)...

Spoiler :

http://www.decitre.fr/livres/Le-nouveau-savoir-etre-au-masculin-confiance-elegance-et-seduction.aspx/9782081244412
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By Stéphane
#105455 Episode 1 : Sensations
Episode 2 : Occasion
Episode 3 : Réactions
Episode 4 : Rédaction
Episode 5 : Dépression
Episode 6 : Rédaction (bis)
Episode 7 : Expédition
Episode 8 : Négociations
Episode 9 : Pulsations
Episode 10 : ... Séduction


Dès qu’ils savent qu’ils devront s’exprimer en public, les gens commencent à angoisser. Cela dure des jours. Et quand l’épreuve tant redoutée est terminée, ils sortent tout détendus s’enrouler des bières avec leurs confrères. Je ne sais pas, je vais finir par croire que j’ai été branché à l’envers. Moi, j’adore les jours qui précèdent la prise de parole. Je bouillonne, feuilles de brouillon à la main, tentant d’articuler les idées les unes avec les autres comme on construit une marionnette. Après, en revanche... Après, c’est l’amère solitude lorsque vous éteignez seul les lumières d’une salle désormais aussi vide que vous, et que rentrez mécaniquement à la maison, sans croiser personne d’autre que les lampadaires qui dansent au gré de vos pas, et dessinent sur vos pupilles comme une mosaïque de lumière.

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Vide, vous êtes vide d’avoir rempli les autres de ce que vous aviez longuement préparé pour eux. Et ce soir de novembre 2008, j’étais plus que vide, j’étais vaguement creux. Ca doit être ça, le creux de la vague.

«Actions-piliers». J’avais prononcé cette expression au moins cinq fois ce soir là, mais il me semblait que c’était dix, tant chacune avait fait écho à la précédente dans ma poitrine. Une action pilier est une de ces choses qui vous marquent une vie. Comme faire des enfants par exemple, ou bien bâtir la maison qui protègera leur petite tête. Les piliers sont ce qui vous survit quand tout le reste a perdu son combat contre le temps, comme les piliers du Parthénon, ou les murs du Colisée. Les actions-piliers vous centrent, elles justifient votre existence, ce sont elles qui vous font lever le matin. Lire ses emails chaque minute, vérifier quinze fois le statut de ses amis sur Facebook ou coucher avec des inconnues maquillées dont l’odeur de la peau vous dégoute au réveil n’en fait pas partie.

Alors pour ce qui est de l’odeur des inconnues, le problème était réglé. J’avais rencontré quelques mois auparavant celle dont j’ai fermement cru qu’elle serait la femme de ma vie (mais vous connaissez la rengaine au sujet des femmes de votre vie, il s’agit toujours de se demander de quelle vie on parle). Et nos vies, justement, commençaient à s’entremêler tendrement, avec élégance et passion. Je l’adorais, c’était du petit lait. Bien sûr, après, le lait a tourné. A se demander si la femme idéale est pasteurisée, mais c’est un autre problème. L’amour, donc, ça allait bien, mais les piliers, ils s’étaient brisés net, quelques semaines auparavant.

Tactactac, tactactac, tactactac. C’est le bruit du disque dur d’un MacBook lorsque les têtes de lecture décident de le rayer frénétiquement pour se venger des affronts que vous lui avez fait subir. Je prends soin de tout, sauf de mon matériel informatique. L’informatique m’énerve, c’est génétique. Cela faisait quelques semaines que mon disque avait rendu l’âme, donc, et son remplaçant avait la mémoire courte puisqu’il était arrivé vierge (et formaté). J’avais tout perdu, tout. Aucune sauvegarde. Depuis des années j’avais travaillé sans filet, comme on fait l’amour sans préservatif, comme un idiot tout-puissant.

100 pages. Le disque dur contenait, outre des photos souvenirs et toutes les données nécessaires au bon fonctionnement de mes affaires, les 100 premières pages de mon livre, provisoirement intitulé L’école des hommes. Par livre, je n’entends pas e-book. L’e-book, qui a fêté son premier anniversaire le mois dernier, est la retranscription d’entretiens, retranscription réalisée par un tiers (Philippe, en l’occurrence). Le livre, c’était ma méthode, écrite de ma plume et dans mon style. Ces cent pages m’avaient demandé près d’un an de patience, à écrire sur les tables étriquées des cafés, à choisir les bonnes métaphores, à répéter en silence les phrases jusqu’à ce qu’elles aient la cadence et le rythme qui vous fassent sauter à la suivante sans y penser. Tout retaper de tête ? Non, c’était impossible : j’ai la mémoire des chiffres et non des lettres. Il parait que tout est dépeuplé quand un être vous manque. Alors je vous laisse imaginer ce qui se passe quand ce qui vous manque est une partie de vous.

Je n’en avais parlé à personne, aussi personne ne pouvait m’en parler. Je végétais entre de nouveaux projets comme on fume du hachich : pour s’anesthésier. Cet état de légume vert a duré des semaines, comme il aurait pu durer des années, une vie peut-être. Mais au soir de ce séminaire, pendant que j’éteignais seul les lumières de la salle tiède, je décidais que non. Non, je ne pouvais pas vous demander de construire des piliers sans reconstruire les miens.

Philippe Labro a écrit que lorsqu’on est tombé 7 fois, il faut se relever 8. Philippe Labro ne sait pas compter, 7 suffisent, si je ne m’abuse. De mon côté, j’ai perdu respectivement mon père, puis pas mal illusions, et maintenant mon livre, je n’avais donc plus le choix, il fallait me relever une fois de plus, et me remettre au travail.

Ce serait l’occasion de faire mieux. L’occasion de ma vie. Et, pour une fois, de cette vie-là.

A suivre : épisode 3, "Réactions"
Modifié en dernier par Stéphane le Sam Fév 12, 2011 12:08 pm, modifié 1 fois.
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By kero
#105457
Stéphane a écrit:Dès qu’ils savent qu’ils devront s’exprimer en public, les gens commencent à angoisser.


C'est mon cas et, paradoxalement, alors que je le fais depuis des années (prof ...) et qu'en plus, au final, il me semble que je le fais toujours bien, ça ne cesse pas. La dernière fois, pour le discours de témoin au mariage de mon meilleur ami. Au final, un moment d'une rare beauté. En fait, c'était pour lui.

Je me joins aux félicitations pour l'ouvrage.

Ah, et la photo du premier post est absolument magnifique.