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[FR] L'homme idéal, en librairie

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Charley
 
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Messagepar Charley » Jeu Fév 10, 2011 10:32 am

Il parait que tout est dépeuplé quand un être vous manque. Alors je vous laisse imaginer ce qui se passe quand ce qui vous manque est une partie de vous.


Je ne peux que te comprendre car lorsque j'écrivais le guide du style et de l'élégance, il y a eu un moment où, faisant une erreur dans la sauvegarde, j'ai cru perdre près d'un mois de travail... Heureusement, j'avais fait une sauvegarde quelques jours plus tôt en m'envoyant l'intégralité par mail, mais l'état dans lequel j'étais jusqu'à ce que je me souvienne de ce petit mail salvateur était un mélange entre un désespoir extrême, une grande fureur et un sentiment d'anéantissement.

Bravo que tu aies trouvé l'énergie pour te relever et continuer à reconstruire ton pilier :wink:
Et j'ai juré fidélité à la liberté...

underwear
 
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Messagepar underwear » Jeu Fév 10, 2011 1:26 pm

Belle entrée en matière.

On pourra difficilement venir sur ce forum sans l'avoir lu, acheté ou arraché des mains à quelqu'un dans le métro. Donc logiquement, ce livre va faire un carton, et je le lirai avec plaisir.

Sense
 
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Messagepar Sense » Dim Fév 13, 2011 4:21 am

J'imagine que la douleur subie en perdant un an de travail doit être comparable celle subie en perdant un orteil.. voire deux.

Cette offrande a-t-elle finalement eu pour effet d’accélérer la sortie de ton premier livre?

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Stéphane
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Messagepar Stéphane » Lun Fév 14, 2011 1:48 pm

Sense a écrit:J'imagine que la douleur subie en perdant un an de travail doit être comparable celle subie en perdant un orteil.. voire deux.

Cette offrande a-t-elle finalement eu pour effet d’accélérer la sortie de ton premier livre?

Lis la suite ;)
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Stéphane
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Messagepar Stéphane » Lun Fév 14, 2011 1:54 pm

Episode 1 : Sensations
Episode 2 : Occasion
Episode 3 : Réactions
Episode 4 : Rédaction
Episode 5 : Dépression
Episode 6 : Rédaction (bis)
Episode 7 : Expédition
Episode 8 : Négociations
Episode 9 : Pulsations
Episode 10 : ... Séduction

J’envie les gens et leur petit rituel du matin. Je les imagine souvent se lever tous sans trop réfléchir, redonner vie à leur visage endormi en se tapotant les joues comme dans les publicités et filer sous la douche se savonner généreusement les aisselles à la mousse de «Fa». Puis ils s’asseyent devant un bol de quelque chose et des tartines, à côté du transistor de la cuisine qui crachote les informations. J’imagine.

Episode 3 : "Réactions"

Au réveil, c’est toujours pareil. J’ai froid au crâne, mal aux dents, et - hormis copuler comme un petit animal - je n’ai envie de rien. Mais il fallait bien se remettre à écrire, poser sur le papier tous ces concepts pensés avec les années et effacés par la faute d’une tête de lecture maladroite. J’avais décidé que recommencer serait l’occasion de faire mieux, alors je ne me suis pas donné le choix. Les gens dont on admire la volonté n’ont souvent fait que comprendre un pouvoir assez simple : celui de ne pas se donner le choix.

Mon vieux Macbook était toujours aussi moche après la réparation qu’avant. Le service après-vente d’Apple n’avait fait que remplacer le disque dur interne (ICLG, rue du Renard, d'ailleurs n'y mettez jamais les pieds), aussi la coque portait-elle toujours les stigmates d’une utilisation «sauvage». Mais je n’avais pas fini de l’aimer. ; on n’aime pas les gens parce qu’ils sont beaux, mais parce qu’on pressent que les remplacer sera aigre et douloureux. Sur le vieux clavier aux lettres à demi effacées, mes doigts retrouvaient leur chemin sans trop recourir à l’aide du cerveau, le laissant libre de mouliner la phrase suivante. Comme le dit Steven Pressfield dans The war of art, le plus dur est de s’asseoir à cette fichue chaise et de se mettre au travail. Vous pensez qu’aborder une femme qui vous plait est difficile ? Essayez de vous retrouver chaque matin devant une page blanche. Dans cette lutte silencieuse contre l’appel du lit, j’avais développé mes petites stratégies : toujours commencer par une citation. Recopier les mots des autres prépare vos mains à écrire les vôtres. Puis je cherchais les titres de chapitres, ainsi que les sous-titres. Je n’ai jamais compris ces dames qui font des mots-croisés toute la journée pour leur plaisir ; quitte à chercher des mots, elles auraient mieux fait de m’aider à trouver les titres parfaits.

Quand vous avez le titre et la citation de départ, vous savez que vous n’avez rien fait d’autre que reculer pour mieux sauter - vous allez probablement devoir les modifier l’un et l’autre avant la fin, de toutes manières. Il vous faut maintenant écrire les premières phrases, avec la frustration de savoir qu’elles seront toujours moins belles sur le papier que quelques instants auparavant, lorsqu’elles dansaient encore dans votre tête. On dit qu’écrire fait du bien, que ça soulage. Mon oeil. Ecrire c’est comme se faire enlever une carie, on est surtout soulagé quand c’est terminé. Le plaisir vient bien plus tard : lorsqu’on a tout oublié et qu’on se relit comme on lirait un inconnu. Après quelques dizaines de matins de cette trempe, j’arrivais à une bonne trentaine de pages nouvelle mouture et alors je n’avais plus qu’une seule envie : qu’un être les lise. Mais lequel ?

Quelques semaines auparavant, j’avais fait la connaissance de Sophie. En dépit de tous ses efforts (dont l’avenir allait me confirmer qu’ils étaient nombreux), Sophie n’était pas ce qu’il convient d’appeler une un belle fille. Certes elle était pâle, mais comme ces anorexiques boulimiques amoureuses de leur père, elle donnait toujours l’air d’être en mauvaise santé sous son fond de teint. C’était le type de femmes à porter tous les jours de la lingerie cochonne sans que jamais personne n’ait eu envie d’aller le vérifier. Un tableau relativement sombre, allez-vous me dire, à une exception près.

Sophie était la seule femme que je connaissais à avoir un peu de style à l’écrit. J’aimais échanger par email avec elle sur différents sujets, elle parvenait toujours à me surprendre avec une rupture de rythme ou une métaphore qui ne manquait pas d’une certaine forme de talent. C’est qu’elle n’était pas peu fière de ses études de lettres. Je ne pensais pas qu’il était possible de prononcer autant de fois le mot «Khâgne» dans la même conversation. J’oublie de préciser qu’elle avait également été relectrice pour plusieurs éditeurs parisiens, ce qui avait fini d’en faire à mes yeux le juge idéal.

« En dépit d’une ponctuation inexistante (tu es allergique aux virgules ?), un éditeur devrait pouvoir te lire sans verser des larmes de sang ». Voilà, au mot près, le retour de Mlle la relectrice. J’étais à Milan quand j’ai reçu le mail, je me suis tout de même fendu d’un appel, parce que les larmes de sang, je n’en croise pas tous les jours. Elle était froide au téléphone. C’était la première fois de ma vie qu’on me disait que je ne savais pas écrire. Mais ça n’allait pas être le seul découragement. J’ai également entendu, dans le désordre, que mon texte allait être modifié, formaté, transformé, réécrit ; un avocat que je sollicitais pour m’appuyer sur les aspects juridiques faisait semblant de croire que j’écrivais à compte d’auteur. Parvenir à écrire exaspère les gens, et je le découvrais à mes dépens.

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A la réflexion, je pense que ce qui irrite tant, c’est d’imaginer quelqu’un se confronter chaque matin à l’impératif de production. Pour écouter, commenter, gérer, rigoler sur la production des autres, il y a du monde ; mais pour produire soi-même quelque chose ? A voir le mal qu’éprouvent 95% des gens à pondre le moindre statut Facebook intéressant (sans forwarder ou recopier les citations des autres), j’en suis désormais persuadé : il y a peu de capacités aussi rares que celle de créer.

Mais a contrario d’autres activités artistiques, l’écriture - comme la musique - est une création laborieuse. J’ai souvent entendu des peintres me dire qu’ils terminaient un tableau en un jour ou deux (voire une heure ou deux), rarement un écrivain. Vouté sur sa table, le dos crampé, il faut tenir sur sa chaise sans se lever, sinon c’est fini pour la journée. Sophie, comme tous les autres, était acide envers moi parce qu’elle savait que malgré ses études littéraires, elle ferait partie de toutes ces filles à papa qui liront toute leur vie sans jamais produire rien de digne d’être publié. Son acidité était rouge sang, car elle coulait de la veine de sa propre médiocrité.

Il faut écouter les gens, mais quant à tenir compte de leur réactions, c’est une autre histoire. Sans autres encouragements que ceux bienveillants de celle qui partageait ma vie, je décidai de m’enfoncer dans la suite de l’écriture comme un bateau s’enfonce dans la nuit. Eclairé à la seule lumière de mes propres phares, je sentais qu’il fallait quitter le territoire. Aller au fond de l’inconnu, chercher du nouveau. Le rituel du matin serait peut-être plus facile, ailleurs.

A suivre : épisode 4, "Rédaction"
Dernière édition par Stéphane le Lun Fév 14, 2011 3:05 pm, édité 3 fois.
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Furox
 
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Messagepar Furox » Lun Fév 14, 2011 2:32 pm

On ressent presque ta douleur en te lisant. C'est sombre, inéluctablement. Néanmoins, dans cette obscurité, nous y trouvons la beauté. La beauté du texte, la beauté de l'élan qui fut le tiens, celui d'écrire. C'est touchant, émouvant et joli. Encore !

archie
 
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Messagepar archie » Lun Fév 14, 2011 7:48 pm

Ces extraits sont vraiment prenants. Ce teasing frappe haut et fort par sa qualité, je retrouve le plaisir des récits par lesquels je suis arrivé sur SpikeSed.

En effet, la douleur du travail perdu est là, avec l'amputation qu'elle induit.
Si la détermination a été freinée, cela attise juste mon impatience quant à la persévérance qui va lui suivre.

Personnellement, je ne trouve pas ça sombre mais fort et vrai.
La plume intelligente et lucide pose des constats plus ou moins communs avec un angle original.

Le style est maitrisé mais tellement libre, un vrai plaisir à lire... vivement le 16mars.
Bravo

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Stéphane
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Messagepar Stéphane » Lun Fév 14, 2011 7:54 pm

Presque 5000 lectures en une semaine pour ce topic

Combien à l'issue des 10 épisodes ? ;)
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Blink77
 
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Messagepar Blink77 » Mar Fév 15, 2011 1:00 am

A quoi servent les chutes, M. Wayne ? A mieux nous relever ...


Voici une phrase d'un film, dont je viens de me rappeler, métaphoriquement en rapport avec cette histoire de tête de lecture en mauvaise forme, et ta riposte devant cette mise à l'épreuve.

Bonne chance pour la promotion du livre, Stéphane.

Comme je disais à Pierre-Yves il y a quelques instants, je vais l'acheter dès sa sortie ^^.
Je vais le lire, une fois, deux fois, mille fois (peut-être un peu moins quand même ;)) puis je mettrai un commentaire sur Amazon.

Une question, tout de même : ces épisodes, que tu publies, c'est l'histoire même de la création du livre, et de la part de ta vie consacrée à ce projet ... pourquoi avoir choisi de les publier via SpikeSeduction, alors qu'ils pourraient apparaître comme préface au début du livre ? Est-ce un choix personnel, ou une demande de l'éditeur vu ton statut sur le Net, dans le domaine de la séduction ?
Je suis comme les enfants. Je ne fais pas quelque chose si on ne m'explique pas pourquoi je suis supposé la faire.
Donner des conseils, c'est bien, c'est beau, certes. Mais les justifier, c'est autre chose, non ? ;)

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Messagepar Sense » Mar Fév 15, 2011 2:05 am

Je me suis posé là même question en me disant que c'était p-e par humilité et respect pour ceux qui ont cru en sa démarche dès le debut. Le 1/ finit par un remerciement, rien ne donne l'impression d'être laissé au hasard: le fond, la forme et le support.

Chaque phrase rappelle que La beaute de l'ecrit c'est l'absence de limite de temps pour le peaufiner.

Mirage
 
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Messagepar Mirage » Mar Fév 15, 2011 9:09 am

Ta motivation, ainsi que ta détermination a faire face au épreuve et un exemple pour moi.
Merci, j'ai hâte que ton livre sorte! :)

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Minato
 
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Messagepar Minato » Mar Fév 15, 2011 11:25 pm

Hâte de lire la suite, et d'avoir le bouquin entre les mains. :)

D'ailleurs dans un de tes séminaires, Stéphane, tu parlais de capter tes clients directement à la source en leur faisant une réduction sur le livre ou un geste commercial , je crois que c'était le séminaire "vivez de ce que vous aimez..".
"...la liberté exactement dans le sens où j’entends ce mot : comme quelque chose qu’à la fois on a et on n’a pas, que l’on veut, que l’on conquiert..." Nietzsche

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Stéphane
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Messagepar Stéphane » Jeu Fév 17, 2011 7:09 pm

Episode 1 : Sensations
Episode 2 : Occasion
Episode 3 : Réactions
Episode 4 : Rédaction
Episode 5 : Dépression
Episode 6 : Rédaction (bis)
Episode 7 : Expédition
Episode 8 : Négociations
Episode 9 : Pulsations
Episode 10 : ... Séduction

Le sommier était un peu dur, aussi l’épaule sur laquelle j’avais choisi de dormir était-elle un peu anesthésiée au petit matin. J’aurais dû exiger confirmation que par «literie», l’agence sous-entendait «lit», et non «sommier de canapé». Mais tout était vite oublié dès que j’ouvrais la fenêtre. Quand vous poussez les battants de votre fenêtre contre les murs de la Via Margutta, certains points de confort moderne deviennent des détails d’un autre temps. Surtout à l’aube, quand la patine centenaire des immeubles rend doucement à l’air l’humidité qu’elle lui a bu pendant la nuit, mêlant son odeur à celle des plantes et des fontaines pour vous faire circuler dans les maisons un parfum addictif. Protégé par son sentiment d’impunité tout autant que par une certaine paresse, mon voisin arrosait nu les plantes de sa terrasse avant que le soleil ne les recouvre tous les deux.

Les yeux croutés, le ventre vide et la barbe drue, c’était là, à cet instant précis qu’il fallait s’asseoir et commencer d’écrire. Surtout, surtout, ne penser à rien d’autre qu’au traitement de texte qui se lance (vite, puisque le disque dur était neuf, cf épisodes précédents) et qui n’attend que vous. Après avoir fait émerger la citation de ma mémoire et le titre de mon imagination, je tâtonnais une première phrase à l’aveuglette, sachant qu’en fin de matinée plus rien ne resterait de ces esquisses. Une première phrase est à un chapitre ce que la poignée de main est au bonjour. Trop molle, votre interlocuteur a déjà envie de passer son chemin ; trop sèche et vous donnez l’étrange impression d’être un abruti, ou bien d’avoir été martyrisé pendant des années dans la cour de récré. Le 16 mars, vous me direz ce que vous pensez de mes premières phrases. Il y en a cinquante, comme les chapitres*.

Après les premières phrases, ça va un peu mieux. Vous ne regardez plus l’horloge en haut à droite de l’écran toutes les trente secondes, vous ne vous demandez plus ce que vous êtes venu faire dans cette galère, vous ramez courageusement, c’est à dire joyeusement. Et c’est précisément quand le courage se mue en joie que s’actionnent ce que Moravia appelait, lorsqu’il écrivait non loin de là dans son appartement de la Via del’Oca, les pales du ventilateur. Pour traduire l’idée dont il a besoin, celui qui ne sait pas écrire - ou qui s’en fiche - prend les premiers mots qui viennent, comme il choisirait des vêtements anodins : sans les comparer à rien. Après ces années d’écriture solitaire, je suis persuadé qu’en cela il ne fait rien de très différent de l’écrivain. A la différence près que le dernier efface ses premiers mots avant qu’ils n’atterrissent sur le papier, pour en essayer d’autres. Autres qui sont immédiatement améliorés et donc remplacés, remplaçants qui eux aussi ne mettent pas longtemps à être tournés autrement. Une phrase bien tournée est comme un costume sur-mesure : il y a eu de multiples et besogneux essayages avant que le résultat définitif n’atterrisse sur vos épaules et s’y love confortablement. Et les essayages se font dans la tête de l’auteur, entre lui et lui, sans recours à d’autres intervenants que sa propre voix intérieure (raison pour laquelle les auteurs, filmés en plein travail, ont cet air un peu demeuré). Chaque phrase «intermédiaire» succède à la précédente, dans une sorte de tourbillon un peu brouillon, comme les pales d’un ventilateur dont les commandes seraient confiées à un enfant un peu capricieux. Cet enfant, c’est votre volonté, qui à cet instant précis a envie d’un café latte. 13h, je n’avais pas bougé depuis l’aube. La journée commençait, le sourire aux lèvres et la faim au ventre. Comme le pratiquait Moravia, écrire donne une furieuse envie d’aller vivre, raison pour laquelle je n’ai jamais compris l’intérêt - sauf pour ceux qui ne dorment jamais - de le faire en pleine nuit.

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Si les douches sont si souvent froides à Rome, c’est que les canalisations datent de la Rome antique. Il faut installer un chauffe-eau, ou bien s’y faire, et manifestement les propriétaires du studio avaient choisi de s’y faire. Mais c’était agréable, un peu de frais sur les épaules, avant de sortir marcher jusqu’au coucher du soleil. Comme presque toutes les rues de la vieille ville, La Via Margutta est pavée, mais la cour de l’immeuble, au pied des murs orangés sur lesquels s’échafaudent le lierre, est remplie d’un gros gravier blanc qui crissait sous mes semelles comme des chips. Et qui crissait encore mieux sous les gommes bien larges de la Porsche 911 turbo noire intérieur noir qui venait se ranger sagement à l’ombre de l’atelier d’un peintre. C’était l’imperfection au tableau, j’aurais de loin préféré une vieille Maserati Quattroporte grise intérieur bleu, couverte de sable et de poussière. Mais personne n’est parfait, ni prophète en son pays. Après m’être rafraîchi à la petite fontaine dont le jet résonne nuit et jour comme un grelot au cou d’un petit chat, je me retrouvais dans les derniers mètres de la via del Babuino, face à l’ambassade d’Espagne. Je passais avec humilité devant l’appartement de John Keats sans jamais oser y entrer, pour une raison qui m’échappe encore (c’est un musée ouvert à tous sur rdv). Puis je coupais à travers trois ou quatre rues qui puaient le touriste en congés payés pour arriver au pied du grand tunnel moderne qui troue étrangement le ventre de la ville. Dans la petite montée à gauche, après avoir dépassé le parking à scooter, je poussais la porte d’Hostaria Romana, saluais le patron dans son pantalon bleu marine et sa chemise bleue ciel de la seule phrase d’italien que je connaisse, m’asseyais près de la baie vitrée devant une belle table blanche qui avait cette perfection propre à la vraie humilité, et attendais mes spaghetti frais à huit euros cinquante en fondant de bonheur. Flaubert a écrit Un coeur simple. Je suis sans doute Un ventre simple.


A suivre : épisode 5, "Dépression"

* 50 chapitres de 5 à 6 pages chacun, lisibles pour la plupart dans l’ordre de votre choix, soit 300 et quelques pages au total.
Dernière édition par Stéphane le Ven Fév 18, 2011 8:02 pm, édité 1 fois.
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Orphée
 
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Messagepar Orphée » Jeu Fév 17, 2011 7:39 pm

Comme tu me donnes envie de retourner en Italie. Je ressens tout à fait le bonheur de la situation :)

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JulienG
 
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Messagepar JulienG » Ven Fév 18, 2011 8:00 pm

"Hostaria".

Les carbonara y sont succulentes, merci de ta recommandation.

J'y ai découvert le vrai goût des pâtes et du café. Depuis, tout jus noir bu à Paris me semble acre et brûlé.
Sic gorgiamus allos subjectos nunc.

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