/souffle pour faire partir la poussière.
Voici un film qu'il serait dommage de passer à coté.
Tout d'abord pour les 3 acteurs principaux. Ils ont quelque chose qu'on voit de moins en moins souvent au cinéma hélas. De la classe, de la grâce , de la prestance.
Delon et Lancaster sont des modèles d'assurance, de charisme et de séduction.
Ensuite le film est une fresque vivante, un peu comme une succession de tableaux splendides racontant deux histoires imbriquées l'une dans l'autre. Celle de Don Salina, et celle de la Sicile.
Tous les films s'inscrivent dans un contexte historique(social, culturel) du moment de l'histoire qu'ils racontent.
Mais ce film pousse cela jusqu'a son paroxysme.
Souvent l'histoire (avec un petit h , celle des personnages), se trouve.... disons presque en retrait comparé à l'Histoire.
Le film est vraiment une peinture de la Sicile de l'époque. Autant dans son image, sa photographie, que dans le sujet traité et la manière dont il est traité.
Parlons donc de l'époque. Celle du
Risorgimento .
C'est l'unification de l'Italie, et la fin de l'aristocratie. Ceux qui ont les terres et le pouvoir deviennent non plus ceux avec des titres mais ceux avec de l'argent.
La bourgeoise devient petit à petit la nouvelle classe dominante, celle qui fait que les choses vont dans la direction quelle souhaite.
« Nous étions les Guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ».
Don Salina incarne (subliment ) cette noblesse sur le déclin, qui voit avec beaucoup de lucidité la fin de son monde. Il essaye de transmettre ce qu'il peut à ses enfants , et à son neveu Tancrede , qu'il puisse
" gravir les marches glissantes de cette nouvelle société "
Tancrede lui, est la nouvelle aristocratie, qui suit le mouvement, afin de rester dans une position privilégiée. Ambitieux, cynique, il choisit le camp des révolutionnaires en 1er lieu, puis se range du coté de la royauté et de la bourgeoise quand sa position au sein du nouvel ordre est assuré.
Don Calogero est le nouveau bourgeois. Riche, très riche, c'est d'ailleurs grâce à l'argent que sa fille épouse Tancrede (et sa beauté

). L'argent est pour lui le moyen de s'élever socialement, de se faire un nom. Il arrive au bal en montrant avec ostentation sa médaille, une nouvelle médaille, que Tancrede lui arrache en disant qu"ici c'est trop neuf", sous-communiquant que quand on est respectable(dans le sens situation sociale) , on n'a pas besoin de le crier sur les toits, au contraire.
Pour apprécier ce film , il faut vraiment, à chaque moment, dans chaque scène, voir les personnages pour ce qu'ils représentent, de véritables métaphores de leurs classes sociales , de leurs mondes qui sont en train de mourir pour l'un et de s'élever pour l'autre.
Si cette critique ne vous a pas convaincu, lisez celle ci avant de tourner le dos à ce film :
http://www.inthemoodforcannes.com/archi ... palme.html
Et pourtant malgré que ce soit un film magnifique, grandiose, je lui ai préféré " Le discours d'un Roi" , vu le jour juste avant.
J'expliquerai pourquoi , en m'attelant à la critique du "King's Speech" .