Je vais y venir

Lapsus révélateur peut être, cette scène ne se déroule pas en 2001, mais quelques années avant.
A ce stade j’ai largué mon groupe et mon emission de radio.
Et oui, toute ma rage et ma frustration, les résultats d’une naissance, d’une enfance d’une adolescence tellement merdiques qu’elles sont presque irracontables tellement elles passent par les cases violences physiques et psychologiques, insécurité, non-dit, je les canalisais dans ma passion.
C’est comme ça, c’est injuste mais ce qu’on ne contrôle pas dans l’enfance, devient notre handicap, ou notre force. L’un pouvant se transformer en l’autre, heureusement.
J’étais donc un être de pure survie, comme le dirait Gaspar Noe… Ma personnalité, ma cause, ma religion, ma bouée de sauvetage à l’époque…
Le Death Metal.
Ridicule pour qui ne connait pas, mais le metal, lui, donne tout et ne ment pas. La baffe qu’il donne est une jouissance, une intensité qui empli le plexus d’une paradoxale force de vie, l’expiation de la mort et de la peur à l’état brut.
A partir du moment où j’ai abandonné ma passion parce que je pensais qu’elle faisait fuir les femmes, je n’en ai plus conquis aucune. J’avais beau avoir les cheveux jusqu’aux fesses, être habillé comme un clochard et brailler des horreurs dans un micro sur un fond sonore ultra violent, le fait que je sois entier dans ma passion faisait de moi quelqu’un d’attirant, je l’ai compris bien après.
Revenons donc un peu avant ce tragique abandon de moi-même :
1992 : mon meilleur ami, pourri de complexes alors qu’il est brillant, drôle et malgré ce qu’il croit, convoité par des filles, se suicide parce que, entre autre, il trouve que c’est une honte de ne pas savoir draguer et d’être vierge à 18 ans.
Je vous l’avoue, je rêve d’avoir une machine à remonter le temps pour lui prouver que ça n’est pas une fatalité, et lui montrer à quel point séduire, c’est être Vivant, mais apparemment, il le savait déjà, ça…
Je suis me suis longtemps réfugié dans le sommeil, comme si c’était le seul espoir d’aller lui botter le cul.
Je me sens alors envahi par la pire des solitudes, surtout que cette mort est honteuse pour l’école, privée, d’où nous sommes, elle est donc cachée, puis mentie, et personne ne me protège des autres sur ce coup là, qui me voient zombifié mais qui ne comprennent pas pourquoi.
Je m’accroche à l’amour que je porte à ma famille et en particulier à ma demi sœur, qui a 2 ans l’époque.
Un mois plus tard, j’ai sympathisé avec des gars de mon village, qui trouvent que ma moto noire mate et ma chevelure font peur aux petites vieilles, et qui m’invitent à une fête.
Ce soir là, j’embrasse 2 filles dans la soirée. J’ai compris plus tard les raisons de cela. D’une part j’y étais allé en n’ayant totalement aucun challenge à part me saouler et rencontrer des gens, d’autre part, j’étais le prix, le mec à avoir.
Elles se sont battues pour moi après. J’ai gardé la blonde, la plus jolie, et celle qui embrassait le mieux.
Deux ans plus tard, je suis encore en relation avec elle, elle est serveuse, je passe un mon diplôme d’info, elle voudrait que j’aille bosser en usine pour qu’on forme un « vrai couple » et songe à se marier. Nous n’avons pas 20 ans…
Sauf que, déjà à l’époque, je déteste l’idée du couple classique. Si je me marrie, c’est avec la liberté, c’est vraiment ma seule maîtresse.
Comme loisirs, j’ai : attendre que ma compagne rentre du boulot, boire des bières avec des dingues, et une emission de radio hebdomadaire.
C’est par ce biais que je rencontre les membres de ce qui deviendra mon groupe, lors d’une interview. Je deviens donc « chanteur » dans un groupe de Death Metal, cela m’obsède, me transcende, je m’immerge complètement, je rêve alors de devenir un cador du secteur, surtout que je fais quelques scènes, et que j’arrive à déchainer les gens.
Un soir, nous sommes en première partie d’un groupe que je vénérais quand j’avais 15 ans, je suis aux anges. Je mets un tel bordel sur scène que des types dégradent la salle en cassant la décoration et défoncent la voiture coupée en 2 qui sert d’ameublement, en sautant dessus.
Imaginez l’émotion que cela procure… Je l’écris toujours avec quelque chose d’incroyable dans le cœur.
Du coup, ma copine me largue sauvagement parce que je lui explique ma vision du couple, et rempli son appart d’amplis.
Elle tente de se venger en se salissant avec un « ex ». Pour moi, pas un grand drame. Le type est un plouc qui la maltraite mais me craint énormément, je ne sais pas pourquoi. C’est comme ça que j’ai compris l’importance de soigner sa réputation, car il imagine que tous les metalleux de la région sont avec moi. Mais ça, c’est vraiment dans sa tête…
To live is to fight.