Pour moi: l'un n'exclut pas l'autre. Et il est même mieux de faire les deux.
J'ai longtemps été contre la logique des routines, jusqu'à ce que je cherche d'améliorer vraiment un peu mon game. Depuis lors, j'ai compris quelques trucs. À commencer par le fait que c'est une erreur d'opposer routines et improvisation. C'est une opposition en grande partie fondée sur un malentendu. En réalité, personne n'est dans l'improvisation totale, même lorsqu'on croit que c'est le cas.
Exemple. Un mec dans la rue, il "aborde" (on va dire ...) une nana.
Lui: Hey, t'es bonne.
Elle: va te faire foutre.
Lui: Connasse.
Les deux personnes viennent de s'échanger trois routines. Un peu bourrines.
Des routines au sens où ce sont des phrases "type", apprises et intériorisées par observation et mimétisme avec le monde extérieur, le milieu social de référence, etc etc. Ça renvoi au
concept d'habitus de Bourdieu. Le comportement humain est dans l'ensemble, pour l'essentiel, "routinisé". Il relève de comportements appris, et employés, même s'il semble relever de l'improvisation. C'est le cas lorsqu'on demande à quelqu'un qu'on vient de connaître ce qu'il fait dans la vie, ou lorsqu'on dit "Bonjour" en arrivant dans la boulangerie du coin. C'est aussi le cas lorsqu'on offre des roses à sa dulcinée, d'ailleurs. Dans tout ça, il reste bien sûr une place à l'improvisation dans la mesure où on a le choix des routines à employer, et où on a le pouvoir d'en créer de nouvelles, mais cela implique un réel effort, pour modeler un nouveau comportement, de nouvelles réactions, etc etc.
Bon, voilà le framework d'où on part. Sachant cela, qu'est-ce qu'on en fait ? On a plusieurs stratégies. On peut décider de modifier son comportement sur des aspects généraux. Par exemple, on peut décider d'être plus cassant, plus romantique, plus fun, plus ... ce qu'on veut. Et là on fera quoi ? On ira puiser dans le stock de matériel préconstruit qui existe déjà en nous. C'est une bonne manière de procéder, ça donne des intéractions qui sont improvisées dans la mesure où elles ne reposent pas sur du matos préconstruit à froid (canned stuff, toussa ...).
Mais ça n'est pas nécessairement la seule manière de procéder. Construire de la vraie routine a aussi son intérêt. Plusieurs intérêts, d'ailleurs.
- Parmi ceux-ci, la fameuse question de l'état d'esprit. S'il est vrai qu'un certain état d'esprit amène à adopter un certain comportement, le contraire est également vrai. Le fait de forcer un certain comportement a un impact sur l'état d'esprit. Au niveau de l'abordage, on l'observe dans le changement d'état d'esprit qui se produit après s'être forcé à agir. Donc, s'imposer un comportement, et en particulier, l'utilisation de certaines routines, par ricochet, influe sur son propre "state" général.
- Un autre avantage c'est que ça permet tout de même d'améliorer de fait très directement le jeu. Je prends le cas des test/objections par exemple. Certaines d'entre elles reviennent très souvent ("j'ai un copain ..."), et avoir un petit stock de réponse à ce genre de cas de figure, ça n'est pas mal.
- un autre avantage encore: travailler ses routines permet et aide à mieux comprendre les mécanismes qui organisent l'intéraction. Je m'en suis aperçu en travaillant quelques routines openers. Dès lors qu'on s'y applique vraiment, beaucoup de matos (faux-dialogue, contrainte temporelle, "frame") prennent un nouveau sens.
- quand on pense routine, il faut penser large. Perso, ces derniers temps, j'ai travaillé mes routines contact physique. Le tout couplé à une réflexion générale sur le kinotage (qui m'a fait largement dépasser l'opposition caricaturale entre ceux qui disent qu'il faut kinoter, et ceux qui disent que c'est mal). Avec des idées, des trucs à faire, des techniques. Par ce simple travail, j'ai obtenu des résultats assez impressionnant. Encore jeudi dernier, par ce seul jeu, j'ai totalement sexué une relation qui me semblait enfoncée très très très loin en Friend zone. Soirée qui s'est terminée en KC. Or, si je n'avais pas essayer de travailler la technique de ce côté là, de "re-routiniser" mon comportement dans ce domaine, je n'aurais pas compris 10% de comment je comprends maintenant la question du contact physique.
Bref, je m'arrête là. Pour moi, il y a un problème dans la manière dont le débat est mené. Pour certains, il faut cultiver son aspect natural, pour d'autres, il faut améliorer ses techniques. Il faut des deux. Une progression, c'est à la fois modifier son propre comportement (et ça, il faut le forcer, ça ne vient pas par la simple magie de l'Esprit saint (l'état d'esprit, l'inner game, comme on voudra l'appeler)). Et en même temps, ça n'a aucun sens de vouloir être dans le contrôle perpétuel de chaque acte. C'est chiant et ça tue toute intéraction possible.
Il faut rester naturel, tout en laissant un espace d'amélioration à des aspects particuliers.