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Atelier Séduction avec Stendhal

Itou

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Sébastian
 
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Atelier Séduction avec Stendhal

Messagede Sébastian » Lundi 08 Février

On est dimanche soir, je viens de finir ma pizza peperroni, je n’ai pas grand-chose à faire (comprendre ; je ne veux pas faire grand-chose), et je remarque ce roman* de Stendhal pointer le bout de ses pages cornées sur le rebord de mon étagère.
Je l’attrape et décide d’en relire quelques pages, comme ça. Après une heure de lecture, je me rends compte que c’est non seulement l’un des plus beaux livres écrits, mais également une leçon de séduction sympa à lire.

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Pour ne parler que de l’aspect séduction/manipulation du bouquin (mais je vous conseille vivement de le lire, ne serait-ce que pour la finesse des descriptions de caractères et la justesse du jugement de Stendhal sur la société et ses rouages), le roman raconte l’histoire de Julien Sorel, un fils de charpentier qui a le désir dévorant de sortir de sa condition et de se hisser au sommet de la société.
Toute l’ambigüité du personnage réside dans l’opposition irréconciliable entre son arrivisme/son ambition, et sa morale/sa fierté issues du bonapartisme. Se voyant comme un être à part au milieu de la médiocrité bourgeoise qui l’entoure, il considère qu’il n’a pas à leur faire l’honneur de montrer son mépris, et cache donc sa véritable nature tout au long du récit.
Mais alors qu’il est parvenu à devenir le secrétaire d’un des hommes les plus importants de Paris, il commence à s’intéresser à sa fille, Mathilde. Moitié par désir de revanche, moitié par intérêt pour celle qui symbolise ce qui a toujours été way out of his league, il se prend à la séduire.

Commence alors, et pour plus de 200 pages un jeu de séduction très fin et très intéressant fait de « suis moi je te fuis… », s.hit-test, cold-reading et tout le jargon qu’on peut imaginer (et même un twist final. Comme quoi on est vraiment gâtés).
Bien sûr, quelques âmes chagrines diront que c’est tout vieux, écrit à la plume avec les tournures de Molière, et probablement plus d’actualité. Ce n’est pas le cas, Stendhal a un style très clair et pas du tout ampoulé et même si les persos évoluent dans le Paris de 1830, le fond et les situations restent les mêmes.

Pour tenter de vous donner un aperçu, voilà quelques phrases (sorties de leur contexte, donc si elles font un effet moindre, c’est normal) :

"Voilà bien la coquetterie des femmes de ce pays telle qu’on me l’avait peinte. Je n’ai pas été aimable pour elle ce matin, je n’ai pas cédé à ma fantaisie qu’elle avait de causer. J’en augmente de prix à ses yeux. Plus je me montre froid et respectueux avec elle, plus elle me recherche. Ceci pourrait être un parti-pris, une affectation ; mais je vois ses yeux s’animer quand je parais à l’improviste. Les femmes de Paris savent-elles donc feindre à ce point ?"


"Julien l’embrassa, mais à l’instant il se reprit. Si elle voit combien je l’adore, je la perds. Et, avant de quitter ses bras, il avait repris toute la dignité qui convient à un homme"


"Elle s’amusait des lettres de ces jeunes gens ; mais suivant elle, toutes se ressemblaient. C’était toujours la passion la plus profonde, la plus mélancolique (…)
–Est ce ma faute à moi si les jeunes gens de la cour sont de si grands partisans du convenable, et pâlissent à la seule idée de la moindre aventure un peu singulière ? Un petit voyage en Grèce ou en Afrique est pour eux le comble de l’audace et encore ne savent-ils marcher qu’en troupe. Dès qu’ils se voient seuls, ils ont peur, non de la lance du Bédouin, mais du ridicule, et cette peur les rend fous.
Si, avec sa pauvreté, Julien était noble, je n’en voudrais pas ; il n’aurait point ce qui caractérise les grandes passions : l’immensité de la difficulté à vaincre et la noire incertitude de l’événement. Dans ce siècle où toute énergie est morte, son énergie leur fait peur"


"Comme elle ne s’ennuyait plus depuis deux mois, elle ne craignait plus l’ennui ; ainsi, sans pouvoir s’en douter le moins du monde, Julien avait perdu son plus grand avantage"


" Ses douleurs étaient une vive jouissance pour elle : elle y voyait la faiblesse de son tyran, elle pouvait donc se permettre de l’aimer"



* Vous noterez la petite remarque de Nietzsche sur Stendhal dans l'article

PS : après avoir un peu fouillé dans le forum, j'ai retrouvé ce très bon sujet qui part lui aussi de Stendhal pour parler séduction ; Fast seduction, cristallisation et relation longue
Dernière édition par Sébastian le Lundi 08 Février, édité 1 fois.

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Stéphane
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Messagede Stéphane » Lundi 08 Février

C'est un de mes romans préférés.
25 février : séminaire relations longues II. Apprenez à reconnaître les filles qu'il vous faut. Et à fuir les autres.

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Maxime
 
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Messagede Maxime » Lundi 01 Mars

Il y a longtemps qu'il est dans ma bibliothèque et je n'avais pas encore pris le temps de le lire. Ce sujet aura été en quelques sorte le tremplin vers sa lecture. Je suis dedans et j'adore, merci.
Max.


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