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Cinéma Paradiso

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Salut Stéphane.

Je pense faire partie des gens suffisamment renseignés sur eux mêmes et sur les autres pour réagir de la seule manière appropriée vis-à-vis de ton expertise : écouter, comprendre et appliquer. De cette façon, j’estime pouvoir affirmer que tu ne perds pas ton temps avec moi. Pour dresser le tableau, je ne suis pas un séducteur (et à me voir tu ne me qualifierais certainement pas comme ça). Je ne pratique pas la recherche, je me contente d’appliquer comme je le peux quand la chance m’amène face à une fille digne d’intérêt. Je mentirais comme un arracheur de dents si je prétendais que ça n’a rien à voir avec mes propres doutes et appréhensions (risquons-nous à les qualifier de peurs), mais le fait est que je me sens bien en employant momentanément mon temps à rustiner ce qui me sert d’insuffisante culture. Avant de rayonner, amassons le carburant nécessaire, n’est-ce pas ? Venons-en au fait. Mes excuses si c’est trop détaillé, et donc ennuyeux, mais je préfère être aussi précis que possible.

J’ai quelques amis, de vrais, dans tout ce qu’ils ont de bien mais aussi de faillibles. Il se trouve qu’ils me portent un certain respect, voire même un respect certain, et de ce fait je reçois dernièrement les fruits de la sollicitude bien placée de l’un d’entre eux : il est entrain d’essayer de me présenter une copine de sa relation suivie. Je l’appellerai Stéphanie… Je dois passer quinze jours chez cet ami au mois d’août, avec quelques potes, la relation suivie de cet ami et – en addition au programme – la Stéphanie en question. Nous ne nous sommes jamais vus, et jusqu’à il y a deux jours nous ne nous étions jamais parlés. Mon ami m’a vanté ses qualités humaines. En bon détective je suis tombé sur deux ou trois photos, elle est mignonne, ce qui ne gâche rien. Connaissant bien mon ami et sa relation suivie, ça ne me prend pas deux minutes pour réaliser qu’ils en ont probablement fait des tartines sur mes qualités (à raison). D’après ses réactions, elle est intriguée, ma foi tant mieux.

Midi à quatorze heures

Détail important, j’habite sur Paris et eux dans le midi, impossible donc de voir qui que ce soit avant ces deux semaines fatidiques. Avant-hier soir, mon ami me tanne pour que je prenne contacte avec Stéphanie sur MSN. Il me donne son adresse et me presse pour que j’aille lui parler. Je refuse. Je ne suis tout de même pas complètement idiot, et je sais qu’il va falloir que je fasse extrêmement attention pour ne pas avoir l’air d’être poussé vers elle tel un gros mou dépressif avec la mention « En détresse affective » collée sur mon front. Je n’inspirerais aucun challenge et j’ai eu tout le temps de comprendre par le passé que c’était la pire chose qui puisse m’arriver.

Je prends donc contact le lendemain, dans la soirée, de quoi profiter de sa curiosité sans qu’elle se vexe. Le timing me semble bon, deux jours me paraissaient excessifs (c’est le premier doute que j’ai, que tu ne manqueras pas de dissiper au vu de l’importance capitale du timing). En guise de précision, je l’ai ajoutée lorsqu’elle était déconnectée, c’est donc elle qui a entamé la discussion à son arrivée. On discute une grosse heure, heure pendant laquelle je m’emploie à démontrer que je suis plus vivant que 95% de ses contacts (des joueurs de jeux vidéo pour la plupart, que je suis également, mais en mieux). On parle jeux, animés, cinéma, musique, concerts, dans cet ordre là, et sous mon impulsion. Je pratique comme je peux le faux-dialogue en insérant des tas de petits détails sans rapport, sinon chronologique, avec ce que je raconte. Elle en saisis certains, pas d’autres, bref ça a l’air de fonctionner.

Des signes d’intérêt sur Facebook ?

Je zappe très rapidement la seule fois où elle fait allusion à l’entremission (? entremettement/tage ?) dont nous faisons l’objet, voulant absolument balayer cette notion. Elle n’est pas une marchandise, je n’en suis pas une non plus, mais plus que tout je ne suis pas needy. Je laisse volontairement retomber la discussion deux fois, une 5 minutes après le début de notre échange, et une à 45 minutes (soit les 2/3). Les deux fois, elle prend l’initiative de la relance, ni trop tôt ni trop tard (moins de deux minutes après mon dernier message). J’estime donc que c’est à créditer à niveau d’intérêt. La seconde fois, elle prend même l’initiative de relancer en parlant de ses goûts. D’un point de vue volume, la quantité d’envois va crescendo de son côté. Niveau d’intérêt. D’après les différentes choses que j’ai lues sur SpikeSeduction, je dirais que j’ai insuffisamment sexué le propos. Insuffisamment par rapport à une situation d’échange réel, dans laquelle notre attirance est considérablement conditionnée par le feeling qu’on a avec l’autre, et donc par mon manque de feeling via MSN.

J’ai saupoudré avec précaution comme j’ai pu, juste après avoir balancé quelques negs (peut-être pas assez appuyés). J’évoque notamment le fait que je n’ai pas donné mon tampon sur son dossier d’admission et qu’elle devra payer en nature ses frais de dossier, avant de préciser entre autres que ça se fera en tours de la piscine à cloche pieds (les jeux d’eau, la piscine, le soleil, me paraissent symboliquement intéressants à créditer à la sexuation du propos). J’appuie sur son manque de culture cinématographique et musicale en déclarant qu’on se regardera / s’écoutera au détour d’une nuit les classiques qu’il lui manque. Elle ne m’a posé aucune question personnelle. Elle a demandé des précisions quant à ceux de mes potes qu’elle rencontrera puisqu’elle a entendu quelques histoires à propos d’eux (juste des choses à la fois drôles et repoussantes, ça ne cache donc a priori pas d’attirance cachée pour l’un d’entre eux). Je lui souhaite bonne nuit en prétextant un (vrai) call le lendemain avec des collaborateurs en Inde et en Iran (ce qui a dû aider niveau validation professionnelle) au moment où je sens que la discussion risque de devenir plus ennuyeuse pour terminer sur une bonne note. Elle me souhaite de beaux rêves. Voilà pour les faits de notre seul échange jusqu’à présent.

Une relation longue

Mon plan : partir sur une bonne base pour la rencontre cet été. On verra où ça mènera, mais je ne suis intéressé que par la dimension relation longue. (attention, je me projette loin, mais je ne sais pas si ce sera avec elle) Mon constat : il va s’écouler deux bons mois avant qu’on se voie, et lorsqu’on se sera vu, on va passer (avec des amis certes) 15 jours dans la même baraque. Difficulté supplémentaire, il est possible qu’il n’y ait pas assez de place pour que j’aie une chambre seul (avec un lit double, ça va sans dire). Mon ami a eu la délicatesse d’induire que c’était soit partager avec elle, soit avec un pote. Aucune des deux solutions ne me convient. J’ai conscience que ça rend la chose complexe pour que ça débouche sur quoi que ce soit d’autre qu’un coup en passant.

Ma question : comment gérer au mieux le timing pour qu’on se sépare dans un « top » et pas dans une vague période pallier où l’intérêt stagnera ?

Désolé pour la longueur de ce mail, mais j’espère que les précisions sont profitables.

En tout état de cause, merci pour ce site, merci pour ces articles. L’esprit qui en dégage me réconforte dans le fait que les relations humaines laissent aussi une belle place à la logique simple quand il s’agit de comprendre les signaux de ceux qui nous entourent.

Merci d’avance.

PS : A titre de référence, j’ai assisté à la session Dream Job du 17 mars. J’ai aussi acheté ton eBook, que j’ai dévoré. J’y ai relevé certaines signes amusants pour moi. Je dois t’écrire un mail là dessus depuis quelques temps mais je me suis imposé de ne pas le faire avant d’avoir lu l’eBook au moins deux fois dans son intégralité.

Jérôme.

Bonjour Jérôme,

Laisse moi tout d’abord te féliciter. Aussi incroyable que cela puisse paraître, tu n’imagines pas la proportion effarante d’êtres humains qui n’ont pas compris ce que tu rappelles dans les trois premières lignes de ta lettre, à savoir que pour s’améliorer dans quelque domaine que ce soit, il faut s’inspirer de ceux qui y excellent. Toute l’intelligence (quand il y en a) consistant à décoller l’inspiration de la copie bête et méchante. Mais l’éloge allant de pair avec la liberté de critiquer, je me permettrai, en même temps que je te réponds, de te reprendre.

Avec ton histoire de carburant, tu tombes dans le piège éternel du débutant qui accumule du savoir théorique, pensant que le jour imaginaire où il parviendra à satiété, ce savoir se diluera dans sa vie comme une perfusion, pour en fluidifier les rouages comme par magie. Grave erreur : il n’y a que deux manières d’apprendre : pratiquer et enseigner. Tout le reste n’est que littérature. Et souvent pas très bonne. Mais assez d’introduction, venons-en à la séduction.

Tu es un lonesome cowboy et tes amis te proposent spontanément de rencontrer l’une des leurs. Ca commence bien pour toi. Avec une chance pareille, tu devrais jouer au loto. Personnellement, je compte sur les doigts d’une seule main (pas deux, une) les fois où un ami garçon m’a présenté ses copines célibataires. Veinard, donc ? Jusqu’au moment où la fuite en avant les conduit à vous presser de communiquer (ou plutot à vous draguer sur facebook ?). Je suppose que c’est de ce côté qu’il faut chercher l’origine du qualificatif “faillible”. Que cela les amuse, de t’imaginer aborder une inconnue sur Facebook, je comprends, mais que tu t’exécutes, avec la ferme intention de la séduire 3 mois plus tard, là, j’avoue ne plus comprendre. Il y aura (au moins) une fille célibataire à proximité pour tes prochaines vacances d’été. Tant mieux, mais à moins d’aller les passer cloîtré dans un monastère en Sicile, des filles, tu es censé en croiser un bon millier par jour. Alors, au nom du Ciel, pourquoi te précipiter sur la première venue. A fortiori sachant que tu n’as encore jamais vue ?

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Sea, sex and fun

Ensuite, la pire erreur que puisse commettre un débutant qui se veut “sexué” est de se mettre à parler de sexe à tout bout de champs. C’est sauter – non pas une étape – mais une bonne dizaine d’un coup ! Je n’aurai de cesse de le répéter (car comme disait Gide, « toutes choses sont déjà dites par ailleurs, mais comme personne n’écoute, il faut toujours répéter »), tant que la séduction n’est pas une formalité, efforcez-vous d’être normal. Pas chaud ou sexy. Nor-mal. Ce qui veut dire ?

  1. Comprendre les normes en vigueur dans l’environnement social qui est le votre à un instant donné
  2. S’appliquer à faire en sorte que votre normalité s’accommode bien de celle des autres (et vice et versa)
  3. Et enfin – le plus difficile – faire rentrer les autres dans votre normalité

Sur les millions de râteaux échangés chaque jour à travers le monde, dites vous que plusieurs centaines de milliers trouvent leur origine dans la simple constatation suivante : “ce type est étrange”. Autrement dit, a-normal. Et si vous vouliez en être convaincus, procurez-vous le vol.1 de nos DVD, où Clémence vous le confirmera avec ses mots, exemples à l’appui.

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Efficaces ou pas ?

Tu te demandes si les “negs” (ndlr : petites critiques censées la taquiner et la faire réagir) que tu as dispensés n’étaient pas de trop ? Laisse moi te donner un petit indice de la réponse : OUI. Tous les coachs en séduction (ceux qui ont l’expérience du terrain, pas ceux qui ne se contentent pas d’inscrire des gens à des newsletters pour leur vendre des produits avec des soi-disant rabais de -70%, « parce que c’est toi mon ami, et uniquement parce que c’est toi ; offre valable lundi et lundi uniquement, entre 18h40 et 18h50″) te le diront : les débutants qui “neggent” sont presque tous cassants ou vexants. Remplacez donc ce jeu dangereux par un jeu plus inoffensif consistant à entraîner l’autre dans votre réalité, par un subtile alternance de faux-dialogue, de portes et de signes d’intérêt. C’est ce qui est enseigné en atelier (du moins, une toute petite partie de ce qui est enseigné). Et justement, les signes d’intérêt, en a t-elle montré ?

Irrelevant question, mon cher Watson ! Les signes d’intérêt d’une personne que tu n’as jamais rencontré n’ont aucune valeur dans la réalité. C’est comme si tu prenais un pv pour excès de vitesse sur la Lune : tu es à peu près tranquille pour ne pas le recevoir dans ta boite aux lettres avant l’an 2517. Au moins. Une projection dans le futur, encore une. Et c’est bien là le problème avec cette fille : tout n’est que projection.

Et pas en 3D, façon avatar. Non, une projection old-school romantique, façon cinéma Paradiso. Je vais partager mon expérience avec toi : à chaque fois, je dis bien chaque fois que j’ai projeté un avenir plus ou moins proche avec une inconnue qui ne m’avait rien demandé, aussi belle et angélique fût-elle, ça s’est fini par une série de messages sans réponse laissés sur son répondeur, messages qu’elle a sans doute effacés aussi vite qu’une trace de rouge à lèvres sur son iPhone.

Comment gérer au mieux le timing ? Il n’y a pas de timing avec elle. Tant que tu ne l’as jamais rencontrée, considère qu’elle n’existe pas pour toi. N’en fais pas le centre d’un univers, ou je te garantis que tu passeras un été digne d’un long dimanche de pluie. Dans le film, le cinéma Paradiso brûle. Encore une raison de ne pas te faire de film.

Stéphane

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3 COMMENTAIRES pour cet article.

  1. Jérôme dit :

    Au fond, j’ai très envie d’apporter des précisions qui auront au bas mot deux importants défauts :
    - du moins dans mon imagination, de maladroitement me défaire des généralités affutées que Stéphane a décrites dans sa réponse ;
    - de venir contredire un cas majoritaire par une spécificité qui dessert à la fois l’impact brut de l’article, et la pureté des liens logiques créés dans l’esprit du lecteur.

    Je n’apporterai donc pas ces précisions là, qui viendraient alors contredire la première des choses que j’évoque dans mon message : ma capacité à écouter la critique, et à en assimiler les éléments bénéfiques.

    Je souhaiterais donc revenir sur un des éléments de réponse qu’apporte cet article.

    La pratique du neg est, de ce que je comprends de la séduction en général, l’outil qui nécessite à la fois le plus de finesse et de connaissance des êtres humains en général. Fasciné par la rhétorique, et ayant tendance à partir à la recherche de la subtilité dans tout et n’importe quoi, j’admets bien volontiers avoir failli par excès de zèle à ce niveau. Comme tu le rappelles, la connaissance théorique ne prévaudra jamais sur la pratique.

    Cependant, il reste un élément de doute que j’ai du mal à balayer : la peur de faire trop subtil. Est-ce que, d’après toi, le processus d’assimilation du neg est conscient, et nécessite donc d’adapter son discours en fonction de son interlocuteur, ou inconscient, en permettant des pirouettes pleines de richesse et de délicatesse ?

    Merci en tous les cas pour ta réponse, que j’ai très envie de confronter aux faits qui ont suivi, et suivront encore. Peut-être le ferai-je.
    Répondre à cette envie ici même n’aurait aucune valeur ajoutée pour le lecteur, c’est pourquoi je préfère m’abstenir.

    Merci à toi.

  2. spike dit :

    C’est aussi ce que m’avait dit mon ex au deuxième rendez-vous, et ça ne l’a pas empêché de faire exactement ce qu’il fallait pour que je m’en aille :)

  3. Reploid dit :

    Stéphane, merci d’exister :)

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