Hasta la vista, baby

peniche.jpgAvril dernier, Paris 7ème arrondissement, cafet’ de mon ancienne école, file d’attente des sandwiches. Alors que j’hésitais entre le jambon beurre à 1 euro 70 et le jambon beurre avec une tranche de gruyère à 2 euros 10, je repère le coup d’œil furtif d’une étudiante qui bouquinait. Enfin elle tenait un livre dans les mains, plutôt, parce que regard par ci, regard par là, elle remportait haut-la-main mon record hebdomadaire de contact visuel avec un score cumulé d’environ 10 secondes. Après avoir vérifié qu’il n’y avait pas de moniteur télé derrière moi (c’est la première chose que j’ai apprise en pub à l’adolescence : quand une fille vous regarde trop longtemps, c’est que vous vous êtes assis sous la télé), je commande au hasard et règle en vitesse (et merde, une faute d’inattention et je me suis retrouvé avec un thon-crudités), puis tourne un peu en faisant semblant de ne pas trouver de place et 30 secondes plus tard :

Chapitre 1, une prise de numéro sans accroc

M : Je suis vraiment désolé de venir te déranger mais tu as la dernière place libre à ta table. Fais comme si je n’étais pas là, je me ferais discret.
E : (qui joue la surprise) Oui oui ok pas de problème. [30 secondes passent, je reste silencieux comme promis]
E : Tu es étudiant ici, demande t-elle avec les yeux brillants de curiosité
M (ouh là, mais elle est vraiment à bloc, c’est elle qui lance la conversation) : Non, j’ai fini l’école depuis longtemps. Maintenant je suis devenu vieux et chiant, je bosse.
E : (sourire) Et tu fais quoi ?
M : Je donne des conseils aux gens
E : Des conseils ? Des conseils de quoi ?
M : Je leur dis ce qu’ils ont envie d’entendre. Après tout c’est ce que tout le monde attend quand il demande un conseil, alors je ne vois pas pourquoi il en serait autrement en payant ton consultant.
E : Euh…ok
M : Et toi ?
E : Mais je suis étudiante ici…
M : En tous cas félicitations, tu es la première personne au monde que je vois lire les pages oranges du Figaro. Comment tu fais ? (là je prends l’air sincèrement impressionné, ce qui n’était pas difficile puisque je l’étais) (NDLR : ce sont les pages bourse et marché financier. Plus chiant que ça, je vois pas)
E : Je n’ai pas le choix. Une dissertation d’économie pour la semaine prochaine.
M : C’est quoi le sujet ? (comme ça ma cocotte pendant que tu m’expliques je cherche les routines qui vont me servir à prendre ton numéro)
E : Je dois écrire un papier qui prévoit les prochains mouvements économiques en tenant compte des dernières nouvelles
M (elle aurait pas pu répondre plus longuement ? J’ai pas eu le temps de choisir un enchaînement) : Au fait, j’ai beau faire semblant de n’avoir rien remarqué, tu as quand même un léger accent, il vient d’où ? (pris au dépourvu, je retombe sur une routine bien pourrie mais instructive)
E : De X. ——————- (Le même pays que ma relation longue. Je marque un temps d’arrêt, essaye de sourire mais mon visage est figé, comme les cadavres d’aventuriers retrouvés intacts dans un bloc de glace)
M : Comme…
E : Comme ?
M : Comme… mon ex
E : Elle venait de quelle ville ?
M : De X
E : Moi aussi ! J’habitais dans le quartier X
M : On me fait une farce ou quoi ? C’est surprise sur-prise, Marcel Beliveau ? Mon ex aussi vient de là (à 2 rues).
E : Elle devait être à l’école de X
M : …
E : Moi je jouais au basket dans le club de machin
M : … (silence)           E : Et tu y retournes toujours ? (= C’est fini fini ou pas ?)
M  (d’une voix posée). Non. (Et pour alléger l’atmosphère, j’embraye sur le basket) : alors, tu dunk ?           E (sourire) : non, les filles ne dunkent pas
M : Ma soeur en fait aussi, vous devriez vous rencontrer. Bon je dois y aller, marque-moi ton numéro ici (je lui tends mon agenda, à la page du jour)
E : Pourquoi fai… (puis elle s’interrompt d’elle même et écrit consciencieusement prénom et numéro)

Comme d’habitude, je m’assure que tous les chiffres sont bien lisibles, puis je souris et disparais pour une semaine avant de rappeler. Au fait, j’oubliais la description : grande, mince comme du papier à cigarettes, des jambes qui lui arrivent au menton, de longs cheveux chatains, des yeux bleus brillants presque aussi grands que dans les mangas.

Page suivante : chapitre 2 : premier rendez-vous, manqué. Elle se fait désirer, j’obtiens… puis annule. Ca lui fera les pieds

Pages: 1 2 3 4





5 commentaires pour “Hasta la vista, baby”

  1. pj dit :

    Avant tout, Bravo!
    A mon avis, tu as fauté sur le baisemain… C’est sur que le kissclose parait trop banal, et encore plus dans cette histoire!, mais cela reste un des buts du seducteur!
    Enfin, ca laisse de bons souvenirs…

  2. Mwu dit :

    Quel talent pour ecrire!!!! Cette 4e partie ma presque tiré des larmes, tu comprends de suite comment pourrait evoluer votre histoire, c’est impressionant, sans doute l’experience, tu dis avoir passer l’age de ce genre d’histoire tordu mais cela me fait me demander
    Quel age as tu spike

    En tout cas bravo pour une telle maitrise de la langue, ecris un jours un livre sur toutes tes histoires je suis sur que ca ce vendra parfaitement

  3. tizzle dit :

    Je pense que tu as trop joué le prix , si tu n’avais pas attendu une semaine mais 3 jours pour la rappeler la premiére fois accéléré la vitesse et kissclosé tu aurais pu l’avoir mais je comprends que tu voulais l’avoir dans tes propres termes et pas à l’arrache sous ces conditions

  4. Max dit :

    Le baisemain ou le fait qu’il est trop joué le prix n’ont rien changé. “Tu n’es pas comme les autres.”,”tu es une énigme” à mon avis c’était gagné, c’est l’arrivée son copain qui a tout gaché. Bien sûr, Spike, au lieu de lui faire un baisemain, aurait pu l’embrasser, puis apres “tu comprends j’ai encore des sentiments pour mon ex bla bla bla”.
    C’était une séduction rondement menée, mais on a pas tout le temps de la chance dans la vie et tu n’en as pas eu.

  5. Panasonix dit :

    J’ai quatre question qui peuvent parraître idiotes: est-ce que tu as choisi le théâtre parce que tu conaissais un peu de monde, ce qui t’as permi de faire du social-proof, ou bien parce que tu voulais profiter de l’atmosphère si particulière qui existe au téâtre (ou à l’opéra) afin de sublimer ton jeu?
    Si tu n’avais connu personne de la troupe y serais tu quand même allé?
    Le choix de la pièce: comique ou non? Ou alors ça n’a aucune importance?
    Comment étais-tu habillé? Costume ou pas?

    Ca a l’air con ces questions, mais je les pose quand même.

Laisser un commentaire


Prochains événements

Séminaires

Cours de séduction

Relooking

  Tout l'agenda  

Pub

Contact

Une question sur votre réservation ?

Tél : 0892.699.088 tours les jours : 11h à 13h et de 15h à 18h (0,34€/min depuis un poste fixe)

Envoyez nous un Email