Hasta la vista, baby

Après une première approche idéale où elle s’est montrée curieuse comme pas deux (jusqu’à me demander à demi mot si c’était vraiment fini avec mon ex), la première prise de rendez-vous fût déjà un peu plus sportive. Normal vous me direz, elle fait du basket (et merci à monsieur Basket d’avoir inventé ce sport, ça lui donne des jambes et un cul magnifiques). Pour lui montrer dès le début qui allait porter la culotte dans notre relation, je sortais mon parapluie anti shit-test jusqu’à verrouiller un rendez-vous bien solide. Puis j’annulais quelques heures avant, sans m’excuser, afin qu’elle intègre bien :
- que je ne suis pas needy
- que ce sera à elle d’attendre que son téléphone sonne et pas l’inverse
- et que dorénavant elle ne devra pas minauder avant d’accepter mes rendez-vous.

Une dizaine de jours plus tard, après ses vacances et d’autres contingences sans grand intérêt, j’appelle pour notre premier vrai rendez-vous, dans la ferme intention de m’y rendre cette fois-ci. Il se trouve que je l’avais croisée par hasard dans Paris et que décidément, pour des raisons complexes, cette fille était incomparablement plus attirante que les dernières numéros que j’avais pris.

M : Allo, c’est Spike. C’était bien tes vacances alors ?

[fluff sur ses vacances à la mer]

M : J’ai une très bonne nouvelle à t’apprendre !
E : Ah bon c’est quoi, d’une voix très curieuse, et toujours avec cet accent trippant qui lui fait détacher un peu les voyelles
M : On va au théâtre demain !
E : Ah bon ?? Mais voir quoi ? Et où ? Et quand ? Et attends j’avais déjà quelque chose de prévu avec une copine depuis super longtemps et …
M : Annule
E : …
M : Mais oui, annule. Ta copine, tu peux la voir quand tu veux de toutes façons. Tandis que moi, non. De toutes façons tu ne peux pas refuser, j’ai déjà acheté les billets (c’était faux), et si tu refuses je vais être obligé de te kidnapper.
E : (rires). Bon je vais voir avec mon amie, parce que [bla bla sur l’explication du pourquoi du comment elle devait voir cette amie]. Mais tu es sûr que tu ne peux pas y aller avec quelqu’un d’autre ?
M : (…) Evidemment que si. Mais tu as l’honneur d’être la première personne sur ma liste, ça ne se refuse pas !

Quelques heures plus tard, un sms bippait :

Je devrais pouvoir m’arranger. Il faut s’habiller comment, pour demain soir ?

Parfait. La coquine, comment a-t-elle deviné que c’était un des trucs qui m’excitaient toujours, de dicter aux filles leur tenue avant un premier rendez-vous ?

Un rendez-vous réglé comme du papier à musique

Parce que cette rencontre était différente, et aussi parce que j’étais vraiment sûr de son niveau d’intérêt, j’ai fait débuter la soirée sur le mode du jeu. Le rendez-vous était donné dans un petit jardin, sans préciser l’endroit exact. Un endroit suffisamment vaste, donc, pour la laisser me chercher quelques minutes, mais pas trop non plus, il était encore un peu tôt pour jouer au chat avec cette belle souris. A l’heure précise (une fille intéressée arrive toujours à l’heure, voire en avance), elle vient finalement droit sur moi sans aucune difficulté. C’est donc ça, l’intuition féminine ? Alors comment vous la décrire… Plus d’1m75 avec des jambes d’au moins 1m70, les fesses d’une africaine avec la peau blanche comme du lait et délicate comme du papier de soie, des cheveux lisses et longs jusqu’à la cambrure du dos, un maquillage subtil et minimaliste relevé par des boucles d’oreille à la Carole Bouquet. Décidément, c’était la première depuis longtemps à pouvoir prétendre s’inscrire à mon jeu concours « devenez The One de Spike » avec une petite chance de gagner à la fin. Comme prévu, je passe immédiatement en mode Cary Grant, c’est-à-dire silencieux, souriant, et attentif. Et donc logiquement, c’est elle qui surmonte en premier sa légère gêne pour me poser quelques questions, auxquelles je réponds toujours légèrement à côté et avec le sourire. En entrant dans le théâtre, je la briefe doucement sur le pourquoi de la pièce, le choix du lieu, puis je croise les doigts pour que la mise en scène et les comédiens assurent. Et merci à eux, ils assurèrent, je n’ai pas vu passer le temps. Ce qui nous mène tout naturellement à l’entracte, où je lui offre royalement un jus d’orange Joker au bar avant de sortir prendre l’air. Tout le monde ayant eu la même idée, la petite cour extérieure fût vite remplie et je m’appuyais sur le capot d’une petite voiture en lui suggérant de faire de même. Elle déclina un premier temps, mais se ravisa tout de suite et vint s’asseoir à côté de moi. Ou plutôt contre moi, devrais-je dire, puisque ses bras et jambes effleuraient les miens presque à chaque mouvement. Je regardais donc derrière son épaule si quelque chose ou quelqu’un l’y obligeait et ne fus pas loin d’être heureux en constatant qu’elle était rentrée dans ma zone de confort de son plein gré. Si vous vous demandez pourquoi vous vivez, ne cherchez plus, c’est pour ce genre d’instants. Je me sentais mi-Superman mi-Prince-Charmant, et ce fut délicieux lorsqu’elle se mit à dire :

E : Spike, tu es vraiment différent.
M (putain trop fort, c’est ce que dit la copine de Michael Jackson au début du clip de Thriller, je vais peut-être me transformer en loup-garou !)
E : Oui tu es une énigme pour moi
M : (silence). Hmm ; et tu es forte, en énigmes, d’habitude ?
E : Non pas vraiment. Il faut qu’on m’aide, en général… (avec une voix très douce et aérienne)
M, je me lève en silence, fais quelque pas l’air de rien et avec un sourire plein de confiance : On verra. Mais pour l’instant la pièce recommence…

Sur ce on repart assister à une deuxième partie de toute beauté (j’espère qu’elle a tout compris), je lui présente les comédiens que je connaissais (dont une à qui j’avais mis une veste quelques temps auparavant et qui la regarde donc de travers, c’était exactement ce que je voulais) et, réglé comme du papier à musique, comme s’il nous attendait, un taxi libre arrive tout doucement devant le théâtre.

M : Chauffeur, à l’angle du Louvres et de la rue de Rivoli
E (qui croyait que j’indiquais mon adresse en oubliant la sienne) : avant vous passerez par…
M : (lui coupant la parole d’un petit geste de la main gauche) Non on va prendre un verre, c’était prévu il y a deux semaines tu te souviens ? (sourire)
E : ok (sourire de connivence)

Dire que la suite fût agréable est un euphémisme. Elle se montrait curieuse à souhait, les haut-parleurs chuchotaient du Louis Armstrong, ses prunelles dans le noir reflétaient les bougies, et je faisais ma meilleure imitation possible de Cary face à Ingrid Bergman dans Notorious (Les enchaînés, dispo en dvd ou téléchargeable sur le net). A l’approche de minuit, je lui demande :

M : Vous connaissez Cendrillon chez vous ?
E : Non, c’est qui ?
M : Il faut qu’on se sépare, maintenant. Sinon tu vas te transformer en citrouille, ou un truc comme ça.
E : ?? (rires)
M : vite vite (et on court au métro)

En haut des marches (je n’allais de toutes façons pas y descendre avec elle, c’est désérotisant), je crains de retomber sur terre en l’embrassant un peu bêtement. Alors je tente le tout pour le tout sur le thème de « ça passe et elle est folle de moi ou ça casse et elle me prend pour un fou » : je lui prends sa petite main douce et délicate, je la porte à ma bouche, mime le baise main et disparais en laissant son bras retomber doucement comme un plume.

Ce soir-là sur le chemin du retour je faisais tellement des bonds dans tous les sens que si j’étais passé sur un pont je serais tombé direct dans la Seine.

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5 commentaires pour “Hasta la vista, baby”

  1. pj dit :

    Avant tout, Bravo!
    A mon avis, tu as fauté sur le baisemain… C’est sur que le kissclose parait trop banal, et encore plus dans cette histoire!, mais cela reste un des buts du seducteur!
    Enfin, ca laisse de bons souvenirs…

  2. Mwu dit :

    Quel talent pour ecrire!!!! Cette 4e partie ma presque tiré des larmes, tu comprends de suite comment pourrait evoluer votre histoire, c’est impressionant, sans doute l’experience, tu dis avoir passer l’age de ce genre d’histoire tordu mais cela me fait me demander
    Quel age as tu spike

    En tout cas bravo pour une telle maitrise de la langue, ecris un jours un livre sur toutes tes histoires je suis sur que ca ce vendra parfaitement

  3. tizzle dit :

    Je pense que tu as trop joué le prix , si tu n’avais pas attendu une semaine mais 3 jours pour la rappeler la premiére fois accéléré la vitesse et kissclosé tu aurais pu l’avoir mais je comprends que tu voulais l’avoir dans tes propres termes et pas à l’arrache sous ces conditions

  4. Max dit :

    Le baisemain ou le fait qu’il est trop joué le prix n’ont rien changé. “Tu n’es pas comme les autres.”,”tu es une énigme” à mon avis c’était gagné, c’est l’arrivée son copain qui a tout gaché. Bien sûr, Spike, au lieu de lui faire un baisemain, aurait pu l’embrasser, puis apres “tu comprends j’ai encore des sentiments pour mon ex bla bla bla”.
    C’était une séduction rondement menée, mais on a pas tout le temps de la chance dans la vie et tu n’en as pas eu.

  5. Panasonix dit :

    J’ai quatre question qui peuvent parraître idiotes: est-ce que tu as choisi le théâtre parce que tu conaissais un peu de monde, ce qui t’as permi de faire du social-proof, ou bien parce que tu voulais profiter de l’atmosphère si particulière qui existe au téâtre (ou à l’opéra) afin de sublimer ton jeu?
    Si tu n’avais connu personne de la troupe y serais tu quand même allé?
    Le choix de la pièce: comique ou non? Ou alors ça n’a aucune importance?
    Comment étais-tu habillé? Costume ou pas?

    Ca a l’air con ces questions, mais je les pose quand même.

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