Après le délai de quarantaine habituel, en l’occurrence un peu moins d’une semaine, je me suis mis à cogiter devant ce quart de feuille déchiré à la hâte avec inscrit : Katja (au fait, elle est autrichienne), O6 .. .. .. 23. Normalement, à ce moment du jeu, c’est la routine : on va prendre un verre, qui se transforme en entretien d’embauche (avec le poste = moi, évidemment), et si elle me convainc de se faire recruter, boum, l’affaire est dans le sac. Mais en l’occurrence, cette fois-ci, la postulante était quand même assez impressionnante. CV long comme ma queue, physique froid et hautain, goûts de luxe, probablement des prétendants qui attendent derrière la porte et des amants dans le placard, il allait falloir me différencier.
Dale Carnegie raconte souvent cette histoire : quand on demandait au meilleur batteur de baseball de tous les temps le secret de ses home-run, il répondait « Je regarde la balle, puis je frappe là où il n’y a personne ». Mon idée a donc été : les mecs doivent essayer de surenchérir dans les démonstrations de pouvoir et d’argent pour l’avoir, je vais donc aller là où personne ne l’emmène, je vais la porter en enfance. Enfin, à l’adolescence, ça suffira. Je l’ai donc attaquée aux SMS, hé oui une fois n’est pas coutume. Tous mes principes, je les ai pris à revers : plusieurs sms par jour, pas de coup de fil direct, mon but était de recréer chez elle ce doux plaisir du secret qui habite les gamines lorsqu’elles envoient, depuis le dernier rang du cours de math, des sms pseudo-mystérieux au beau brun ténébreux de 13 ans et demi assis à côté de la fenêtre. Avec en plus, dans son cas, le frisson de l’interdit social : coucher avec un garçon beaucoup plus jeune que soi.
Premiers échanges, elle répondait vite (bien), mais froidement (moins bien, ça). Mais forcément, à chaque message, j’étais de plus en plus désinvolte, et de plus en plus léger et drôle. La semaine suivante, je l’attendais au 1er étage des Editeurs, un café parisien pas très loin de chez elle (Madame « préfère la Rive Gauche »…) et, comme Mohammed Ali qui faisait toujours le contraire de ce à quoi s’attendait à son adversaire, là je l’ai draguée franco. A tel point que ça faisait rire le couple de jeunettes de la table à côté, qui ont fini par nous dire : « hé ben, vous vous savez y faire ». Ce à quoi ma milf a répondu : « oui je vois c’est un smooth operator », avant d’engueuler la serveuse comme du poisson pourri parce que sa tasse était mal lavée.
Après cette rapide mais plutôt concluante soirée (au moins maintenant elle savait que je ne la voulais pas pour discuter le cours de la bourse), une petite alternance de vide et de plein ( à la Sun-Tzu dans l’art de la guerre), nous a logiquement conduit a un deuxième rdv, que j’ai choisi dans le noir (toutes les infos sur danslenoir.com). Contact physique de la main, puis baiser.
3ème date, j’avais une bouteille de champagne rosé au frais (apportée la semaine d’avant par l’avocate), je lui ai donc envoyé un petit message dans l’après midi :
Moi : je parie que tu passes la soirée avec un homme charmant
Milf : Non, je vois une amie, pourquoi ?
Moi : (là j’aurais pu dire : « si c’est moi » mais je n’y ai pas pensé). Zut, pari perdu. Bon je t’apporte ton gain
Milf : ?
Moi : Bippe moi quand ton amie s’en va. Je sonnerai avec une bouteille de champagne et deux coupes.
Milf : Un inconnu, rencontré dans un aéroport, et qui veut venir chez moi maintenant ? C’est un peu effrayant non ?
Moi : Oui, cache l’argenterie et si tu insistes tu auras le droit de me fouiller à la sortie.
Et là, à ce moment précis, plus de réponse. Et impossible pour moi de relancer sous peine de quitter le fil étroit de l’assurance et de tomber dans l’insistance. Fin d’après-midi, je n’y tenais plus, je relance :
Moi : Tu as du jus de pêche ?
Milf : Pourquoi faire, un bellini ?
Moi : Oui, avec du champagne rosé, ça va faire une jolie couleur
Milf : Non. Mais je crois qu’il y a une épicerie dans la rue.
Moi (Yes !) : Ok, ton adresse ?
Milf (me donne son adresse)
Moi : Merci. Et n’oublie pas les bougies, ça va bien avec le champagne.
Bon, la réponse à la question que vous vous posez est : non. Je n’ai pas couché avec elle le soir même, elle était toujours trop froide. Ca a mis encore un rdv, elle rentrait de voyage tard, j’ai sonné par surprise à sa porte et ce fût la nuit d’amour la plus nulle de ma vie. Comme quoi, la valeur n’attend vraiment pas le nombre des années. Et la soupe n’a pas meilleur goût lorsqu’elle est faite dans les vieux pots.
La suite fût sans intérêt particulier, on ne se voit presque plus.
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22 mars 2006 à 21:16
J’aime bcp ton style d’écriture. C’est direct et ironiquement drole. Bravo !
23 juin 2007 à 17:31
Exellente histoire ! Elle m’a bien fait marré avec tous ces renverssements ; digne d’un film comique !