Les MILF, c’est pas mon truc. (Milf = Mother I’d Like to Fuck). Mais ce soir-là, dans la sale d’embarquement du Nice-Paris Easyjet… c’était brancher ou bien lire des publicités de parfums et des prospectus de location de Mercedes SLK pour 199 euros. Bon, les SLK, ça m’excite pas tant que ça, et le parfum j’en ai déjà, donc le choix était vite fait. Comme d’hab pour les voyages, j’avais mis mon costume men in black. On ne sait jamais à côté de qui on va atterrir : Adriana Karembeu qui vous demandera l’heure (rigolez pas, c’est bien ce qui s’est passé avec l’autre), ou bien le président de Sony qui cherchera justement un nouveau bras droit.
Quelques minutes auparavant, en sortant des détecteurs, une MILF blonde m’avait jeté un bref regard vertical, du genre de haut et bas, comme le font inconsciemment les gens disponibles et potentiellement intéressés. Comme d’habitude, le dernier vol du soir accumulait tous les retards de la journée, j’avais donc une bonne demi-heure pour passer à l’action. Je m’approche et prends bien soin de la détailler, histoire d’éviter le célèbre « belle de loin, loin d’être belle » de Soral. Hé bien c’était une jolie femme un peu bien mûre, probablement encore plus jolie il y a 10 ans, très légèrement flétrie par ce grand sculpteur malhabile qu’est le temps. Habillée sobrement mais sans aucune vulgarité (c’est de plus en plus rare, surtout le soir à Nice), elle trahissait par sa froideur et son détachement un niveau de vie et une éducation qu’on ne trouve pas dans les Metropolis et les Macumbas. Bref, de l’inédit, du suspense, de l’aventure en perspective pour le Spike blasé que j’étais.
Ne te demande pas le meilleur moyen de gravir la montagne, disait Nietzsche, grimpe. Euh oui moi je voulais bien lui grimper dessus mais quand même, sa séniorité, sa froideur, ça me glaçait un peu (surtout que ça caillait, dans ce putain d’aéroport, y’a pas idée de mettre la clim au mois de novembre). Bref, pour dégeler tout ça, un petit coup de validation sociale. Je m’éloigne discuter avec l’hôtesse en laissant à la milf le soin de surveiller ma valise (escalade des engagements step 1, acte préparatoire). Coup de chance elle était sympa cette petite hôtesse dans sa blouse orange easyjet ridicule, et sans trop de difficulté je suis parvenu à la faire rire et à me faire remarquer par la milf (validation sociale #1). Je reviens vers ma valise en demandant à ma milf « ça va, elle a été sage ? » mais toujours pas de dégel, je n’ai obtenu qu’un sourire distant et mondain, avec un vague mot d’une syllabe que je n’ai pas compris. Donc elle était étrangère, info bonne à prendre. Ah ce ne te suffit pas comme validation sociale ma vieille ? Ok, step 2.
Tout en restant à moins d’un mètre de la blonde, j’appelle ma petite avocate rencontrée deux semaines avant, et, d’une voix bien contrôlée, bien dans le bas-medium : « allo, bonjour ma belle, tu sais quoi ? C’est ta semaine de chance, je viens te voir ce week-end ». D’une pierre deux coups, je m’organisais un fuck week-end chez une fuck-friend, et je décapais la couche de gel de la milf avec un bon jet de validation sociale. Et là coup de chance, l’hôtesse passe devant nous, me fait un grand sourire et me dit : « c’est bon, on part dans 10 minutes ». Évidemment, me seule réponse fût un grand sourire et du silence. A ce moment là tout le vernis de glaçage de la milf rompit, et elle me demande d’elle-même des infos sur le vol. Basique, certes, mais c’était une porte dans laquelle j’ai foutu le pied en grand et hop, dans l’avion ensemble.
Pendant le vol, j’alterne questions sur elle et tentatives de lectures silencieuses pendant lesquelles elle me retourne mes questions. Alors la miss venait de quitte son poste de directrice marketing chez Disney Europe pour monter son cabinet de conseil, d’ailleurs là elle rentrait d’un rendez-vous client à Monaco, bla bla. Ce à quoi j’ai répondu assez vaguement en prenant bien garde de ne pas montrer une curiosité trop flagrante donc en retournant rapidement à mon bouquin. Ce qui l’a intriguée, elle s’est penchée vers la couverture en la lisant à haute voix (« Généalogie de la morale »), et m’a posé des questions avec un regard encore plus intrigué que si je lisais la revue du timbre ou un compte rendu de réunion du club des porteurs de pantalons côtelés.
Milf : ca parle de quoi ?
Moi : Du Dyonisiaque, du lien qui existerait entre la puissante société Grecque et la nôtre, décadente. Entre autres, bien sûr.
Milf : Ah (tête de Homer Simpson quand il fait semblant d’essayer de comprendre). Et tu fais quoi dans la vie ?
Moi : Du marketing à l’international.
Milf : Aah (tête de Homer Simpson quand il ne comprend toujours pas)
S’en sont suivies quelques turbulences bien sympathiques qui ont désennuyé les passagers, une petite frayeur sur notre heure d’arrivée très tardive et l’hypothèse d’être dérouté vers Roissy, bref plein de sujets offerts sur un plateau pour exposer sa confiance et son sens de l’humour, merci easyjet. A l’arrivée je propose de partager un taxi, et sur le périph il était temps de commencer à penser à prendre son numéro. Le danger était de marcher sur un fil étroit au dessus et entre la case collègue et la case ami. J’ai tenté le coup suivant, avec une inflexion assez travaillée :
Moi (regardant sa bague) : C’est une alliance ?
Milf : Ca ? Noon…
Moi : Bien (je sors un papier et un crayon). Tu me notes ton numéro de téléphone ici ? (ce qui force quand même un peu une réponse positive)
Milf : (me note son numéro en silence)
Moi (pour partir sur une note positive) : chauffeur, laissez-moi à l’angle après le carrefour. (Et me retournant vers la milf avec un grand sourire) : Bonne nuit !
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22 mars 2006 à 21:16
J’aime bcp ton style d’écriture. C’est direct et ironiquement drole. Bravo !
23 juin 2007 à 17:31
Exellente histoire ! Elle m’a bien fait marré avec tous ces renverssements ; digne d’un film comique !