Salut,
Alors comme ça, par un dimanche soir de pluie, tu t’es décidé à écrire à ton amour d’enfance. Très joli. Ca me rappelle un poème japonais où le héros affronte la mer déchaînée sur une coquille de noix pour revoir une femme. A la fin de cette lettre nous verrons lequel de vos radeaux se sera écrasé sur les rochers.
Ta lettre ne commence pas trop mal. En lui disant “J’avais envie de savoir ce qu’est devenue la fille dont j’étais fou amoureux sans le savoir (là elle l’apprend), savoir si elle s’appelle toujours pareil” tu situes d’emblée le rapport entre la séduction (« fou amoureux »), l’amitié (« étais » sous-entend que c’est fini) et le second degré (« savoir si elle s’appelle toujours pareil ») synonyme d’intelligence et de contrôle. Le résultat ne se fait pas attendre, ton audace et sa disponibilité font que les lettres s’enchaînent. C’est même elle qui te propose de se revoir et qui disqualifie son copain de la course à la relation longue. A cet instant aurait dû démarrer la phase 2 de ton plan, puisqu’elle venait de te dire que tu étais le prix et tu n’avais pas de concurrent. Malheureusement pour toi, tu n’avais pas de plan. Et redoubler d’effort quand on n’a pas de plan, c’est la recette de l’échec.
Tu dis qu’en vous voyant vous avez eu un choc. Concrètement, tu veux dire quoi ? Lequel des deux a pris ses 10 kgs ? Sa réaction en te voyant était 1000 fois plus importante pour évaluer son intérêt que les mots de papier écrits dans ses lettres. Soyez plus concret sur vos lettres (sans être plus longs) : il aurait fallu savoir si tu lui plaisais, à quelle distance elle te tenait, combien de fois elle t’a touché, etc. C’est ça, qui m’intéresse, pas le fait que tu aurais pu lui parler des heures. Les signes d’intérêt étaient nombreux ? Mais étaient-ils pertinents ? Son intérêt pour le monde de la pub ne signifie absolument rien, si ce n’est sa mondanité toute féminine. Tu as quand même marqué un point au cours de cette journée : elle pousse de plus en plus son dead man walking vers sa tombe, et elle va elle-même s’occuper de refermer le cercueil.
« Du coup le lendemain j’ai perdu tout mon self control ». Comment ça « du coup » ? Il n’y a aucune justification possible à la perte de son self control. Quand on est sur le peloton d’exécution, on ne supplie pas les artilleurs. On les ignore et on meurt dignement. Et justement, avec Chloé, c’est mort. Le sms disant que tu souffres est une ignominie à lire pour une fille. Tu es censé être un mélange de James Bond et de Mike Tyson. Est-ce que tu imagines l’un des deux prendre son téléphone et taper « je souffre » ? Tu n’aurais pas dû non plus lui dire que tu étais bien avec elle ; ça, elle l’a bien vu l’autre jour au café, tu devais la manger des yeux comme un bonbon. Et ne demande plus jamais à une fille ce qu’elle ressent ! Lis-le dans ses actions. De même, comment peux-tu être en position d’exiger d’elle plus que de l’amitié, tu n’es pas en position d’exiger quoi que ce soit ! Un aimant n’exige pas du fer qu’il vienne à lui ; il l’attire, et le fer s’approche sans savoir pourquoi. En « exigeant » d’elle plus que de l’amitié, tu l’accules au pied du mur, et dans cette position les filles tiennent des discours complètement incohérents pour s’en sortir (cf le « tu es un manipulateur », alors qu’elle se laissait prendre au jeu avec plaisir, et le reproche des lettres : elle ne manque pas de culot !). Et comme tous les hommes devant l’objet de leur rêves insensible à leur déclaration, tu ne pouvais t’arrêter de parler et de lui raconter les sentiments emmagasinés depuis 3 ans, saoul de paroles comme un alcoolique de sa bouteille qu’il continue pourtant de vider afin de repousser le moment de la prise de conscience. Alors ouvre bien les oreilles et ferme les yeux, ça va être un mauvais moment à passer.
