Le poème « Tu seras un homme, mon fils » étant le cadeau empoisonné du père qui n’a pas le temps de s’occuper de son fils et lui laisse un mode d’emploi sur la table (c’est comme laisser un billet, en moins cher) pendant qu’il file au boulot ou qu’il enfile sa maîtresse, je ne te ferai pas de te l’opposer comme simple et unique réponse à ton courrier. Non, j’ai pris le temps de réfléchir, et de concevoir une réponse personnalisée. Comme en atelier, après tout. Bon, assez parlé, allons-y.
Comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose, la plupart des gens parlent le langage de la tautologie : un homme, c’est ce qu’ils croisent tous les jours dans la rue en descendant de chez eux. Autrement dit, A=A.
Il faut souvent attendre longtemps pour tomber sur un des rares à penser à questionner ce qui semble aller de soi. Cela semble être ton cas, et il va donc falloir se servir, pour l’analyse, d’outils… d’homme. Comme la phénoménologie de l’esprit, par exemple, qui veut que l’homme se définisse par opposition victorieuse à ce qui s’en écarte. Autrement dit, si A=A, c’est (entre autres) parce que A est différent de B.
Une parodie de paradis
Un homme n’est pas un enfant
La nostalgie du paradis perdu (la voix de maman que l’on entendait crier “A table !” du fond de sa chambre douillette) ne le pousse pas à se recréer une parodie de paradis virtuel. Moi aussi j’ai passé des après-midi de bonheur intenses, à m’exploser la rate à la console avec mes copains de collège, mais j’étais… au collège, justement. Alors évidemment, même passé 18-20 ans, une partie de wii entre amis le vendredi soir n’a jamais rendu personne no-life ; mais blanchir chaque nuit devant son écran comme un gros marchmallow mou entre ses oreillettes Surcouf, oui. Quant à la collection de XIII et de Corto Maltese qui dépasse de l’étagère, sans vouloir vous vexer, il faudrait tout de même arrêter la plaisanterie… Et si vous en doutiez encore, pensez aux businessmen en costume gris et chaussettes Spirou.
Un homme n’est pas une femme
Aussi prompts que soient ces messieurs à moquer les crèmes de beauté et autres systèmes dépilatoires, ils font moins les malins lorsqu’il s’agit de mener la danse dans un rendez-vous amoureux. Et plus tard, dans son prolongement qu’est le couple. Il faut vraiment aller chercher loin, de la dingue bonne à enfermer, pour trouver une femme qui refuse de se laisser guider par un homme dont elle prétend être un peu amoureuse. De la même façon qu’il doit choisir le restaurant pendant qu’elle l’apprécie avec discernement, il est bon qu’il se souvienne aussi de donner la direction, lorsque viendra le temps des grandes décisions. Pour résumer, donc, l’homme se reconnaît à ce qu’il cultive les traits par lesquels il diffère de la féminité. Et si vous êtes une fille et que vous n’êtes pas contente, écrivez à feministes-penibles-et-celibataires@spikeseduction.com
Un homme n’est pas un outil
Il comprend et remplit le rôle que la société (et sa société) lui demandent d’endosser, mais il ne confond pas le costume et le personnage. Il ne s’identifie pas à son travail, à ses dossiers, à la chaise de son bureau, à sa fiche d’évaluation. J’ai toujours été abasourdi de l’engagement affectif et irraisonné que certains accordaient à leur entreprise, qui, bien entendu, se gardait bien de leur rendre. A croire qu’ils ne se définissent que par le titre imprimé au dessus de leur nom, sur le badge en plastique qu’ils arborent fièrement à la ceinture. Plus personne ne sait plus vraiment ce qu’ils sont, si ce n’est que ce sont vraiment des cons. Bref, un homme n’est pas son travail, il fait son travail. Suffisamment intelligemment pour que celui-ci rémunère sa (future) liberté. Parce que oui, un jour, il faudra la conquérir. Qui n’a pas les 2/3 de sa journée pour lui sera toujours un esclave. Et avant de vous énerver, souvenez-vous que cette phrase n’est pas de moi. Et l’auteur n’est pas difficile à retrouver.
Bon, j’aurais encore beaucoup de choses à dire, mais Internet est le temple de l’information éparpillée, et on n’apprend jamais aussi bien qu’en face à face. C’est un thème, parmi d’autres, dont nous parlerons un jour en séminaire.
A bientôt
Stéphane
Une fois n’est pas coutume, notre lecteur s’est fendu d’un (beau) courrier en réponse à celui-ci. Découvrez-le ici : devenir un homme, suite et fin

Meilleur article pour moi sur ce site.
Merci Stéphane...

Qui n’a pas les 2/3 de sa journée pour lui sera toujours un esclave.
Le philosophe à la moustache.
« Qui n’a pas les 2/3 de sa journée pour lui sera toujours un esclave. »
Dans la vie, il est difficile d’avoir un job qui permette d’avoir les 2/3 de sa journée pour soi.
A moins qu’on ait un boulot qu’on aime ?
Et dans ce cas la, on a 100% de sa journée pour soi ?
« Et si vous êtes une fille et que vous n’êtes pas contente, écrivez à feministes-penibles-et-celibataires@spikeseduction.com »
L’adresse n’existe pas. C’est dommage …
La citation est en fait de Montherlant. Lecteur attentif, ai-je gagné quelque chose ?
« Quant à la collection de XIII et de Corto Maltese qui dépasse de l’étagère, sans vouloir vous vexer, il faudrait tout de même arrêter la plaisanterie… Et si vous en doutiez encore, pensez aux businessmen en costume gris et chaussettes Spirou. »
C’est marrant venant de quelqu’un qui s’identifie à Spike Spiegel ^^
Après je suis d’accord pour dire qu’il y a des parts de soi et de son enfance qu’il faut occulter en temps voulu, mais quand on arrive à amener la personne que l’on souhaite chez soi, c’est que c’est plutôt bien parti non?
Très juste, je sort de ton article le sourire aux lèvres comme toujours, je n’en attendais pas moins.
Merci
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Merci Stéphane