M : Allez, avouez qu’ils sont affreux ces pulls, d’ailleurs vous ne travaillez pas vraiment ici, enfin vous n’êtes pas vraiment employée
E : Non, comment vous le savez ? Je suis là juste pour les 8 jours en or
M : Ça se voit à la façon dont vous pliez les vêtements
E : … Vous travaillez ici ?
M : Oui.
E : Aaaaaaaaah d’accord, et vous faites quoi ?
M : Un peu de ci un peu de ça ; un peu de ménage, un peu de vaisselle pour le bar d’en haut.
E (regarde ma tenue, j’avais un pantalon Dolce Gabbana, des chaussures pointues et une K-chemise) : Pffffff vous vous moquez de moi
M : Jamais. Ce n’est pas mon genre. Alors vous faites quoi dans l’existence à part vendre ces merdes ?
E : Je suis styliste
M : Ah tiens, d’habitude les stylistes s’habillent toujours n’importe comment. Vous ça va encore.
E : Oui (m’explique pourquoi, sautons). Et vous ?
M : Consultant (ne jamais tout dire d’un coup, la laisser tirer la ficelle et vous amener à elle)
E : En quoi ?
M : En management
E : Ah. Ca consiste à faire quoi ?
M : Du marketing
E (tête d’Homer Simpson qui lirait la métaphysique des mœurs de Kant)
M : Je pilote
E : Vous pilotez quoi ?
M : Des projets (notez les réponses en 3-4 syllabes, à la Cary Grant dans Notorious avec Ingrid Bergman)
E : Hmm hmm
M : Ben oui j’aurais voulu piloter des Formule 1 mais il faut mesurer moins d’1m75
E : Hi hi. En tous cas dans votre style vous devriez aller voir les vestes, là bas, au stand d’à côté. Ils ont un modèle classique avec une capuche à l’intérieur, moi j’aime bien.

Méfiant (les femmes ont souvent mauvais goût en matière d’habillement et préfèrent toujours la fanfreluche à la qualité), j’allai faire semblant de regarder pour lui faire plaisir. Effectivement, c’était une veste de costume - en tissu merdique - avec une capuche de sweatshirt. Passons. De loin, je lui fis un grand signe de la main plein de sous-entendus, de ceux qu’on fait en mojo time quand tout est permis.

2 étages plus bas, je réalisai que je venais de rejeter à l’eau un poisson tout ferré, par une charité inexplicable. En préparation des soirs de pluie, comme dirait Soral, je retournai l’attraper dans mon épuisette.

M : C’est à quelle heure votre pause ? (Evidemment je ne demandai pas si elle a une pause, et encore moins si elle voulait la passer avec moi, la réponse eut été non)
E : Euh ben je sais pas, je l’ai pas encore prise
M : Dans une heure vous m’offrez le café ?
E : Ben euh… Faut que je demande à ma responsable (Jackpot, same player plays again)

Je partis voir sa responsable, une grosse immonde semi-goth :

M : Bonjour, j’aimerais prendre un café avec votre vendeuse, vous permettez ?
E : (Yeux d’Homer simpson qui…) Ah mais elle fait ce qu’elle veut

En partant, la nouvelle circulait dans les rayons et les collègues immobiles me regardaient avec l’air gourmand d’un enfant voyant passer le marchand de beignets sur la plage.

Pendant la pause, profitant de la maïeutique (Qui a bu boira, qui a dit oui redira oui), et rompant exceptionnellement avec une de mes règles, je la datai le soir même, annulant par la même des plans qui termineraient assurément au lit et qui ne m’intéressaient pas plus que ça.

M : Vous avez l’air fatiguée
E : Oui
M : Ce soir ça va être terrible
E : Oui
M : Après le boulot vous rentrez vous reposer
E : Oui
M : Mais vous allez vous ennuyer ?
E : Euh, je vais peut-être aller au cinéma
M : Toute seule ?
E : Oui
M : J’ai une bonne nouvelle pour vous : vous n’allez pas au cinéma toute seule, vous allez prendre un verre avec moi.
E : Hein ah bon euh ah oui
M (Merci Socrate)



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11 commentaires »

  1. C'est ce qu'on appelle un bien bel enchainement de yes-set ;-) Un texte très agréable à lire en tout cas, merci, et bonne continuation.

    Commentaire par Yann — 15 avril 2006 @ 14:13

  2. En plus de me faire rire (oui je n'y peux rien, tes techniques de séduction m'amusent, mais dans le bon sens du terme car je trouve ça génial) tu écoutes des mp3 de cowboy bebop... Tu es merveilleux !

    Commentaire par anne onyme — 31 mai 2006 @ 18:30

  3. Spike, tu es vraiment très surprenant. On dirait que tu es skisofrene(ds le bon sens du terme). Nous avons le Spike, malicieux qui controle l'évolution du game, jusqu'au kissclose et le Spike qu'on a devant soi qui agit. Etre a ton niveau nécessite vraiment beaucoup d'expériences, avec tout ce qu'elles comporte. En tout cas merci pour tout, quand on pense qu'un jour, on sera comme toi, on ve gamer partout et tout le monde, lol. Merci encore Spike.

    Commentaire par ludobbl — 11 juillet 2006 @ 12:41

  4. On ne "game" pas partout tout le monde. On est en stand-by, quelque-part entre On et Off, comme un poste de TV.

    Commentaire par spike — 13 juillet 2006 @ 9:46

  5. Salut Spike,
    Moi c’est Roger mais on dit Bob.
    Toujours intéressant, intrigant, fascinant de lire tes rencontres.
    2 questions.
    1/ Tes textes sont agréables à lire, tu écris bien. On sent que tu prends plaisir à écrire.
    Prépares tu une œuvre littéraire, une sorte de Liaisons dangereuses contemporains avec dans le rôle de Valmont … ?
    2/ Pour toi, draguer, pardon séduire semble une facilité. Alors que pour d’autre…
    N’y a t-il pas une lassitude ? Et donc l’envie d’autres choses. Une relation longue voir une vie de couple. Avec le danger du quotidien. Un nouveau défit, une nouvelle frontière.
    Same player, new game.

    Commentaire par Roger dit Bob — 31 juillet 2006 @ 23:36

  6. En partant, la nouvelle circulait dans les rayons et les collègues immobiles me regardaient avec l’air gourmand d’un enfant voyant passer le marchand de beignets sur la plage.

    Commentaire par falek — 30 août 2006 @ 21:18

  7. Falek, tu sais que j'ai mis plus de 24h à comprendre que cette phrase ("avec l'air gourmand d'un enfant etc."), c'était moi qui l'avait écrite ! J'avais complètement oublié :))

    Commentaire par spike — 31 août 2006 @ 21:42

  8. Jolie, rien à dire de plus ...

    Commentaire par Yohann — 28 décembre 2006 @ 2:30

  9. Je suis toujours sidéré par tous les commentaires mélés d'admiration et de jalousie des apprentis PUA que Spike fait fantasmer avec ses histoires de rencontres. Dis-moi Spike t'es sur que c'est bien les nanas que tu veux séduire ;)

    Commentaire par Bob l'AFC — 17 juillet 2007 @ 13:51

  10. "Je vis que c’était une B, son regard était doux, ses gestes bienveillants, elle n’était manifestement qu’occasionnelle ici et les tics de la profession (pratique assidue du mensonge, esprit retord, méchanceté à la marge) semblaient glisser sur elle comme l’eau sur les plumes d’un canard. Je décidai de la gamer." ET surtout elle avait un Décolleté aussi plongeant que un plongeoir olympique... ^^ allez j'arrete

    Commentaire par ZenGa — 18 juillet 2007 @ 3:03

  11. Tu t'imagines la scène... le Glamour, le Kong ... un mec stylé, un photographe pour Karl ... une tchache posée cool , la poupée brune au regard doux, et dans la tête du mec "Comme dit Bigard dans le lâcher de salopes, le meilleur, c’est quand tu l’as dans le viseur, juste avant que le coup y parte ; parce qu’après, il faut bien avouer que ça retombe…" C'est Trop Bon Moi j'adore ce genre de "dissymétrie"!!

    Après la suite est bien écrite pleine de visualisation et de rappel citations.. merci

    Commentaire par ZenGa — 18 juillet 2007 @ 3:29

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