Retrouver l’inflexion naturelle

« Tu te laisses avoir au fait que, tel que tu fais là, tu "fais" l'infante, au lieu d' "être" l'infante, hypersensible, pleine de fougue, sauvageonne. Restitue l’absolue simplicité du texte, le dépouillement Dès qu’on monte sur un plateau, c’est du théâtre. Si en plus on « joue théâtre », ça fait double emploi, alors il ne faut pas dire "attention théâtre, attention grandeur". Ne t'embarque pas, sans même t'en rendre compte, à cause de tes dons, dans une théâtralisation. Pas de ton grandiloquent, il faut trouver la simplicité, déjouer le faux naturel. »

JL. Cochet

Rechercher l’inflexion naturelle d’un phrasé passe presque systématiquement par une étape clé : « faire » son texte, c’est à dire le reformuler dans ses mots. L’effet de cet exercice est immédiat et assez magique pour un non-initié. Dès la première seconde où l’élève utilise ses propres expressions pour « traduire » celles de l’auteur, il adopte instinctivement une inflexion, un débit naturels, et sa « note » ne se ferme plus systématiquement en fin de phrase. Revenant par la suite au texte d’origine, il donne alors, aux mots qui ne sont pas les siens, l’inflexion d’un parler naturel.

Atout supplémentaire, parler dans ses mots oblige inconsciemment à se rapprocher du timbre naturel de sa voix (son médium, justement entre le grave et l’aigu). En effet la tendance systématique des comédiens débutants est de se décentrer vers l’aigu, pour des raisons de débit trop rapide, et de volume élevé. Une fois le timbre centré par l’expérience, il peut y avoir une chaleur, une humeur dramatique, on peut même crier si l’on veut, tant qu’on ne se décentre pas vocalement.
Une phase intermédiaire, en guise d’exercice, peut consister à alterner les deux versions du texte, sautant des vers de l’auteur à ceux qu’on y substitue, de sorte qu’un auditeur tenu hors du secret ne remarque pas le manège.

« Une fois que vous avez travaillé le texte en y incorporant vos mots, retirez les points de suture : prenez le texte à votre compte, puis imposez aux mots de se plier à votre inflexion : pensez "comment ?" quand vous devez dire "quoi ?". Et cette réaction instinctive, le "oh!" qui m'est venu comme ça, en faisant le texte, c'est la manière dont tu dois dire le mot qui suit, et pas autrement. Je ne vois aucune circonstance de la vie où l’on pourrait infléchir comme tu l’as fait. »

La place de la sincérité

Si l’acteur ne ressent pas les émotions des personnages qu’il interprète, quelle est la place de la sincérité dans son rapport au public ? Dans la culture anglo-américaine du sociologue Goffman, un comportement se range forcément selon deux catégories bien distinctes :

- d’un côté celle du vrai, du sincère où les représentations sont considérées comme totalement in-intentionnelles, l’acteur répondant spontanément aux stimuli de la situation,

- les comportements simulés : tous mensongers puisqu’il n’existe aucune réalité à laquelle ils pourraient constituer une réponse.

Ici, lors d’une représentation théâtrale les témoins doivent croire à la sincérité des acteurs. Telle est la place de la sincérité dans la construction de la scène. Chez le comédien la perfection ne peut être qu’invisible ; sinon on "voit comment c’est fait", donc on voit qu’il joue, et il n’est plus comédien puisqu’on ne croit pas à l’absolue réalité de son mensonge...

A suivre...



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Un commentaire »

  1. "La diction va entraîner le sentiment chez le public, au besoin"

    Commentaire par ZenGa — 27 juillet 2007 @ 23:54

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