Tu commences ta lettre en me parlant de ta mère et de son impact sur toi aujourd’hui. Permets-moi de te dire (et même si tu ne me le permets pas, je te le dirai quand même), que tu te cherches des excuses. Tout d’abord, sache qu’il y a de grandes chances que le psy de ta mère soit un âne en séduction et qu’il ait rencontré sa future femme sur les bancs de la fac. Il ne connaît dont rien au game, la drague ne s’apprend pas dans les livres puisque par définition, ceux qui la pratiquent n’ont pas le temps d’en écrire, et que ce n’est pas leur culture. Le génial (par sa normalité) écrivain italien Alberto Moravia avait rapidement arrêté de consulter, ayant compris que les psys étaient bien souvent moins intelligents et moins cultivés que lui. C’est aussi mon expérience, et je m’en suis tenu là. Quand aux explications de ta maman, d’une part c’est sans doute la personne qui te connaît le moins bien au monde (interrogez les parents de vos amis et voyez combien la perception de leurs enfants est réduite et faussée par l’amour inconditionnel qu’ils leur portent), et d’autre part tu peux (et tu dois) la dépasser. Statistiquement, presque tous les grands hommes ont surpassé un manque/handicap dans leurs parents directs (amour abusif, manquant, etc.) Lord Byron a grandi et survécu à une mère colérique et puérile qui fût sa première victoire sur l’ennemi, comme le rappelle Nietzsche.
Tu me dis ensuite que tu n’as jamais fait d’avances à Chloé. Théo, demain matin en allant au lycée, arrête-toi à la pharmacie et achète un produit pour la mémoire. 3 lignes avant tu me dis en avoir parlé à des potes… Tu sais ce qu’ils ont fait, ces « potes », dans les 5 minutes après t’avoir quitté ? Ils sont allés raconter à SES potes que tu étais amoureux transi d’elle et que tu vendrais tes chaussures pour un coca avec elle à la récré. Et est-ce la peine de te dire ce que SES potes ont fait après ? Elle est au courant de tout, Théo, et ça c’est une carte en bois dans ton jeu.
Le bon point cependant, c’est que tu as compris l’inutilité (et même la contre productivité) du téléphone quand il est mal utilisé. A ta place beaucoup se seraient lancés dans une tentative de conquête à la sms-lover, et c’est très puéril. Elle n’a peut-être que 17 ans, mais à choisir entre un homme et un enfant, elle prendra le premier.
Le deuxième bon point, c’est que tu as compris que les femmes n’aiment la poésie que dans les rêves des poètes. Sur Askmen.com il y a chaque semaine le portrait d’une actrice, d’une mannequin, etc. Je n’ai jamais vu le mot « poète » dans la case « job de leur mec ». Rock star, footballeur, industriel, mais poète, jamais. Combien de filles peuvent citer 2 vers de Cyrano, qui est la chose la plus mélodique et la plus mélodieuse jamais écrite ? Si je veux apprendre à vendre des voitures, je me renseigne auprès d’un vendeur, pas auprès de ses clients. Quand j’ai voulu comprendre les femmes, j’ai interrogé des séducteurs, pas des minettes.
Ni poésie, ni téléphone, que reste t-il ?
Connais-tu la série tv Samurai Champloo ? Dans le générique, tu peux entendre ce qui pourrait être mon cheval de bataille : « Don’t walk with the clan, Only trust instinct, And be one with the plan ». Et ton plan, le voici :
1) Change de groupe. Approche toi d’un autre qui ne te parait pas trop antipathique et déjeune avec eux à la cantine un jour sur deux. Comme disait Proust, un jour d’absence fait plus au cœur de ta bien aimée qu’une nouvelle tenue. Manque lui. Laisse la se demander pourquoi tu es là moins souvent. En clair : va à la pêche des signes d’intérêt.
2) Quand les signes d’intérêt sont là, isole-là. Ca va être la partie la plus difficile parce qu’elle va s’interroger, et t’interroger. Reste le plus normal possible, dis lui tout simplement que tu as envie d’un coca et qu’elle pourrait venir avec toi. Fais en une banalité absolue, surtout pas le préambule à une déclaration
3) Le lendemain du coca pris ensemble à la cafete, ou dans les parages du lycée, disparais ! Le secret de l’art de la guerre consiste à ne pas appliquer un effort constant sur l’adversaire, mais à alterner le vide et le plein. Ne lui dis même pas bonjour le lendemain, et, si possible, parle à d’autres filles devant elle et fais les rire (pince les, montre leur un dessin de la prof de maths en maillot de bain, débrouille toi)
4) Continue à alterner le vide et le plein (isolation brèves – disparition) et, si son intérêt pour toi était réel dès le début, elle va finir par te poser ouvertement la question : « qu’est-ce que tu veux, exactement ». Si elle est intéressée, si tu sexues un peu le jeu pendant les mini rdv, si tu démontres du social proof en dehors et que tu ne dévoiles pas tes cartes, elle le fera. Si elle ne le fait pas au bout de 4 à 6 semaines, elle n’est pas intéressée. Simple non ? N’écoute pas les complicateurs ; les femmes sont difficilement compréhensibles parce qu’elles sont trop logiques pour être simplement logiques. Si elle est intéressée, elle va te faciliter les choses. Sinon, non. Il n’y a rien d’autre à comprendre, et en même temps c’est beaucoup.
5) Le jour où elle finit, par un moyen ou par un autre, par te demander où tu veux en venir, ne réponds surtout pas, et retourne lui toutes ses questions. Elle finira par avouer ce qu’elle pense (et ce qu’elle veut) et ce qu’elle ne pense pas (et ne veut pas) de toi. Tu seras fixé.
Don’t walk with the clan
Only trust instinct
And be one with the plan
