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Psychologie (la vraie), vol. 3 : les méchants, par Frédéric

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Les histoires d’amour évoquent tantôt la tragédie grecque, tantôt la Commedia Dell’arte, et notre tour d’horizon des personnages ne serait pas complet sans le méchant de service, nommé le « Jerk », ce qui en français soutenu se traduit par « connard ».

Evidemment, « connard » c’est un peu vague. Le dicton le dit, « on est tous le con de quelqu’un ». Je propose donc d’utiliser le mot « méchant » qui ménagera nos chastes rétines tout en évoquant un tas de personnages cinématographiques. La culture cinématographique colportant son lot de clichés – le fameux allant de soi évoqué dans le précédent article – il est utile de garder cette association en tête, car le « jerk » est souvent associé au « bad boy » personnage cinématographique s’il en est.

Là encore, tout est question de proportion. A la différence du bad boy qui peut être dangereux, le jerk est seulement un mec pénible, mal élevé, éventuellement râleur ou goujat – attention, l’AFC peut-être extrêmement râleur. Le type qui n’hésite pas à poser des lapins à ses rendez-vous, soumettant la gente féminine à ses propres mesquineries. Chacun peut avoir une part de jerk en lui, variable selon son humeur, la beauté de sa conquête ou son taux d’alcoolémie.

Jerk ou bad boy, le méchant fait souffrir les femmes. Plus macho qu’Alain Soral, plus repris de justice que Pasqua, plus irrespectueux que Dieudonné et Gaspard Proust réunis, éventuellement plus athlétique que le geek pendu à sa Playstation, le méchant, à défaut d’être une lumière, est masculin. Surtout dans le sens péjoratif crypto-féministe qui associe masculinité avec violence conjugale, alcoolisme et délinquance. Bizarrement, je n’ai jamais vu de virilité dans le fait de dérouiller sa bourgeoise et sa descendance en rentrant le soir à la maison. Heureusement pour son entourage, le méchant ne rentre pas tous les soirs et ne fait pas toujours des enfants, tout dépend de son âge.

Le méchant incarne le risque (pour lui-même autant que pour les autres) et le risque, c’est excitant. Surtout, il incarne le manque. Sans même y penser, uniquement parce qu’il s’en branle de cette coiffeuse décolorée qui est parfaitement remplaçable à ses yeux, il fait ce que les pionniers états-uniens du jeu de la séduction appellent du « prizing ».

Une méchanceté, trois possibilités

Le concept de Jerk/Bad Boy étant plus fourre-tout que celui de l’AFC/Nice Guy, passons directement en mode « psy », on gagnera du temps.

La personnalité paranoïaque

« Paranoïa » étant un terme courant, je pars de l’idée que tout le monde sait de quoi il en retourne dans les grandes lignes. Sortons donc notre manuel de psychopathologie pour approfondir.

« Le paranoïaque adopte une attitude agresso-défensive. Il est sur ses gardes, en alerte, prêt à déceler l’ennemi, l’assaillant, le rival. Il attaque à la moindre alerte. L’individu, le groupe, l’institution le menace également ; il redoute le puissant qui l’écrase, mais aussi bien le petit, le médiocre qui, sous une attitude obséquieuse risqueraient d’instiller un suave poison. Le paranoïaque vit dans le soupçon. Sans cesse il épie, il doute, à la recherche du détail, de la faille, de l’indice révélateur. »

Le portrait robot du jaloux pathologique, vous ne trouvez pas ? Comme nous l’avons vu dans l’article consacré à la jalousie, celle-ci est l’expression de nos insécurités affectives et d’une estime de soi déplorable.

« Les épreuves, les malheurs, la honte éprouvée très tôt auront généré une attitude de méfiance et le renforcement systématique des défenses et de l’affirmation de soi. Dans certaines familles, cette attitude sera développée de façon collective face à l’adversité : la vie est un combat, il n’existe pas de repos. Cette vision particulière du monde amène à rejeter sur les autres toutes les difficultés, mais aussi à projeter sur eux les sentiments que l’on éprouve soi-même : la haine, l’amour, la jouissance. De ce fait, le paranoïaque a tendance à externaliser toute sa vie psychologique. »

Attribuer tous les torts aux autres, c’est une belle preuve d’immaturité et un bon début pour devenir un tyran domestique. Pour être vraiment méchant, c’est peut-être un peu léger, même si ça nous rappelle un certain Anakin faisant sa crise d’adolescence. Oui, la personnalité paranoïaque est pénible à vivre, et son taux d’agressivité détermine s’il faut le classer Jerk ou Bad Boy. Voire AFC, puisque l’AFC peut aussi utiliser le déni et la projection (« c’est pas moi c’est les autres ») pour ne pas avoir à assumer ses responsabilité de grand garçon. La personnalité paranoïaque, c’est donc un mélange d’hypertrophie du moi (il est au centre du monde), de mauvaise estime de soi et d’insécurité affective. Tout ça est plus pitoyable qu’effrayant. Cherchons donc la méchanceté ailleurs.

La personnalité narcissique

Etre narcissique = s’aimer soi-même, cela aussi devrait faire partie de votre bagage culturel, alors restons dans le synthétique. Le narcissique est son propre fan, imbu de lui-même et convaincu que tout lui est dû. Une bonne base pour se comporter sans respecter son prochain. Comme le paranoïaque, il perçoit le monde comme une jungle, du coup, la solidarité à l’égard des autres n’est pas son domaine de prédilection mais il estime normal que ceux-ci soient solidaires à son égard.

« Son insouciance de façade cache une morale naïve d’adolescent. Divers passages à l’acte peuvent en résulter, qui sont à la mesure de ce monde factice et sans art : violences, excès de vitesse, harcèlement sexuel, prodigalités, ivresses et toxicomanies. La plainte somatique et les angoisses hypocondriaques peuvent traduire un demande que l’orgueil ne permet guère d’exprimer en clair. […] La personnalité narcissique est rare ; le sexe masculin est majoritaire».

Je crois qu’on tient notre Jerk, sensiblement proche du mégalomaniaque Général Bison de Street Fighter (oui, je cite des nanars si je veux, d’ailleurs les épisodes les plus récents de Star Wars sont eux aussi des nanars intégraux).

Notez que le narcissique s’apparente à un Low Self Esteem extraverti, dans la boursouflure de l’ego cache mal les insécurités. En somme, il n’est guère éloigné du paranoïaque.

La personnalité psychopathique ou antisociale

Le meilleur pour la fin, le boss quasi-imbattable pour le dernier niveau du jeu, n’est-ce pas la norme ? Voilà le vrai Bad Boy, le grand méchant loup pour qui les femmes sont pour une fois vraiment des agneaux. Pas uniquement les femmes d’ailleurs, mais tous les autres en général.

« Connue des juristes et des psychiatres, abondamment étudiée, fréquente, la personnalité psychopathique a été illustrée par le roman policier et le cinéma. Elle est centrée par la violence, l’agressivité, la transgression des lois. Le psychopathe passe à l’acte, c’est sa doctrine principale. Agir, foncer, fuguer, se battre, tels sont ses réactions quasi automatiques quand une situation complexe ou angoissante se présente. […] Cette toxicomanie de l’agi explique l’instabilité sociale et sentimentale du psychopathe. Il reste rarement dans un emploi, rompt sans cesse avec ses compagnes, fréquente tous les milieux. […] Téméraire, parfois réellement héroïque, il est le plus souvent sans scrupules, exploitant les petits et les grands. Menteur, mythomane, manipulateur, il exploite le pékin avec une joie perverse, sans soucis des conséquences, minimisant avec cynisme la souffrance de ses victimes. »

Vous aussi vous pensez au Joker de The Dark Knight ? Petite subtilité, le psychopathe de la vie réelle dispose rarement d’une armée de scénaristes lui offrant des intrigues clefs en main et des réparties cinglantes. Agir n’est pas réfléchir, et la virilité active de notre anti-héros ne comble guère son vide affectif. Car l’affection, les sentiments, implique un minimum d’empathie pour l’autre. C’est un des paradoxes de l’amour, même si le sentiment amoureux implique idéalisation et de projection (projection au sens freudien, pas au sens où on l’apprend à l’atelier Intense) on aime avant tout l’autre parce qu’on lui reconnaît la condition d’être humain dans un subtile mélange d’humanisation et de réification.

Revenons au Bad Boy et à son succès auprès de la gente féminine déséquilibrée – parce qu’a priori, aucune femme en pleine possession de ses facultés ne peut être attirée par un type pareil, n’est-ce pas ? Hum…

« Pratiquant une attitude héroïque et virile de combattant, le psychopathe méprise la douleur et l’angoisse, qu’il refoule, et qu’il ignore chez les autres. »

Le message est clair : là où notre AFC obsessionnel se torture l’esprit pour la moindre broutille, le méchant, lui-même, pense avec les poings et tape avec la bite. D’un certain côté, c’est indéniablement plus viril que le syndrome du chic type et la rétention obsessionnelle. De l’autre, ce ne paraît pas être un passeport pour des rapports amoureux épanouissants.

Miroir, miroir, qui t’a brisé ainsi ?

Je vais être honnête avec vous : je ne crois pas au Bad Boy, sans doute parce que je ne fréquente ni les discothèques en vogue de la capitale ni le milieu du grand banditisme. Alors oui, il y a une poignée de méchants qui réussissent matériellement (dans le milieu marseillais par exemple) et peuvent rouler en grosse voiture avec une blonde à forte poitrine assise à la place du mort. Cependant, dans la majorité des cas les méchants sont des loosers et, exception faite du psychopathe intégral, de simples AFC débarrassés du syndrome du chic type mais toujours insecure.

Les explications psychologisantes sur l’origine de cette méchanceté évacuent la dimension sociologique de l’ontologie. Or, pour rejoindre une fois encore la Sociologie du dragueur, avec la pauvreté viennent les emmerdes, idée simple que certains refusent pourtant d’admettre et que Soral exprime plus élégamment par ces mots « les mauvaises mères et les mauvais pères se trouvant plus couramment dans les milieux où l’on a été écrasé par la vie, le dragueur, fils d’une famille à problèmes, est le plus souvent d’extraction modeste, ou déclassé ». Cela ne signifie nullement qu’il n’y a pas de psychopathes, de jaloux pathologiques ou grands narcissiques dans les classes aisées – je ne mentionnerai aucun politicien dans cet article, promis. Cela ne signifie pas non plus que cette galerie de méchants représente le casting des premiers rôles dans le film de nos vies.

Le lecteur moyen de Spikeseduction, s’il peut avoir un côté jerk et de nombreuses insécurités affectives, se trouve rarement être un bad boy, que se soit à sa découverte du site – à ce stade il subit généralement une lourde condition d’AFC – ou quelques mois plus tard, lorsque son degré de naïveté à l‘égard des femmes a diminué et qu’il combat ardemment sa crispation obsessionnelle en sortant régulièrement de sa zone de confort. Dans notre monde, qui exclut les règlement de comptes à coup de hachoir et le commerce de substances illicites, le « méchant » se résume plutôt à un mec tchatcheur et sportif qui collectionne les conquêtes sans pour autant leur offrir des fleurs au 1er rendez-vous, une petite frappe ou un beau parleur, plus arrogant que méchant, et dont le succès irrite beaucoup l’AFC de base. Irrité par un sentiment d’injustice et intrigué, le débutant en séduction se demande comment on peut avoir autant de succès en faisant l’exact inverse de ce que les magasines féminins et les chiennes de garde préconisent.

Que les mecs vraiment dangereux réveillent le cerveau reptilien de nos charmantes femelles homo sapiens, ok, mais à part une fille à problème, qui peut s’éprendre d’un poly-toxicomane bagarreur ou d’un parrain lyonnais ? J’ai bien une idée et j’en vois sourire derrière leur écran en pensant à notre fameuse Low Self Esteem extravertie/ personnalité histrionique. Ils ont en partie raison car comme le font remarquer Christophe André et François Lelord « les hommes sociopathes se retrouvent souvent mariés à des femmes dépendantes, car ce sont finalement les seules qui restent avec eux, prêtes à supporter leurs frasques sans jamais les quitter ». Néanmoins, les hystériques ne cadrent pas tout à fait avec ce que l’on appelle les personnalités dépendantes.

Le monde est comme une immense bibliothèque de chair dans laquelle il y a toujours à apprendre pour celui qui sait lire. Equarrissons nos méchants de l’agressivité et de l’insécurité, deux joyaux apparaissent alors. Le premier de ces joyaux, c’est la domination. Le méchant n’hésite pas à dominer, il est même obsédé par ça, là où l’AFC ne sait que faire litière de son cœur, voire de son corps.

Le deuxième joyau ? L’homme narcissique qui annule un rendez-vous au dernier moment, sans s’excuser et sans se soucier de la réaction de sa partenaire, qu’exprime-t-il au fond s’il n’agit pas ainsi dans le but de blesser ? Il exprime qu’il s’en branle. Autrement dit, il exprime le détachement, chose bien plus puissante sur le plan du développement personnel et de l’épanouissement que la domination puisque vouloir à tout prix dominer revient à être attaché à la domination et, à travers elle, à la personne dominée. L’homme détaché est ainsi libéré des femmes, et bien sûr, elles n’ont plus qu’une idée en tête, lui passer les menottes…

Connaissez-vous de vrais méchants ? Parlez m’en en commentaire, décrivez le (ou la) moi.

Frédéric

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5 COMMENTAIRES pour cet article.

  1. Florian dit :

    Exact sur tous points! Et si beaucoup de femmes préfèrent les badboys alors tant pis pour nous… et surtout tant pis pour elles……….

  2. Reploid dit :

    Grandiose. Merci du voyage.

  3. Democrite dit :

    Vouloir imiter un bad boy serait un echec mais en être reelement un est une malédiction.
    Quel est l’interet d’attirer les filles comme le cul d’une vache attire les mouches si on en a rien à foutre?

  4. jaraya dit :

    dans le même genre :

    http://videos.arte.tv/fr/videos/je_suis_un_psychopathe-6838404.html

  5. Samir dit :

    Très intéressant. Peut être qu’un parallèle avec l’explication jungienne (animus/projection) aurait été intéressant à lire sous la plume de Frédéric

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