Loin de chercher à collectionner les conquêtes, savoir séduire est le but essentiel de toute personne s’engageant dans une démarche d’apprentissage, ou de ré-apprentissage, de la séduction. Pour ce faire il convient de prendre conscience d’un travers dans lequel on peut facilement tomber : celui de l’idéalisation de cette fille. Les américains appellent ce phénomène le « one-itis » (« one » pour l’unique, celle-là et pas une autre, « itis » étant la terminaison de nombreux noms de maladies en anglais). Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis… mais où cela mène-t-il ? Comment naît ce phénomène ? Pourquoi est-ce un piège ?
L’effet papillon : la naissance de l’obsession amoureuse
« Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? »
Lorenz
Tout commence toujours par un rien. Et des riens, le monde en est plein : une démarche un peu chaloupée qui émeut, une chevelure délicatement agencée qui attendrit, un regard furtif qui interroge… Ou bien encore quelque chose de plus imperceptible, mais qu’on croit pourtant ressentir : une attirance irrationnelle, un élan passionné… Dans la séduction encore plus qu’ailleurs, ce sont les riens qui nous guident, mais qu’arrive-t-il si on se laisse porter par eux, sans entreprendre quoi que ce soit ? Arrive-t-on à ses fins ? Là s’arrête la romance, car les riens bien souvent ne mènent… à rien. Rien de concret s’entend, car l’imagination se fait fort de compenser ce qu’on n’ose et/ou ne sait faire et la romance se poursuit alors à l’intérieur d’un esprit où, jours après jours, mois après mois, elle s’éloigne de la réalité, l’y rendant par là même aveugle, et à laquelle toute confrontation directe devient un déchirement sincère et profond.
Mais comment en arrive-t-on là ? A la base il faut un terreau propice, qu’une part de chacun d’entre nous possède et qui s’exprime avec plus ou moins de force : une tendance à tout vouloir comprendre avant de se lancer, une sacralisation un peu trop importante des femmes qui réfrène l’action, une peur assez floue de prendre des initiatives (qui confine parfois à la lâcheté), un caractère conciliant et posé. Aucun de ces traits ne constitue en soi un véritable défaut (au contraire même dans certains cas), mais réunis, ils amènent à parfois préférer se réfugier dans des scénarios imaginaires et rassurants, qui peuvent prendre des proportions considérables, plutôt que de chercher réellement à vivre ce à quoi on aspire.
Sélection et inaction : antichambre de l’obsession
La séduction impose une sélection, ne serait-ce que matériellement. On ne peut être qu’à un seul endroit à la fois et on ne peut vivre qu’une seule fois un même instant ; il est inconcevable d’aborder une inconnue et éventuellement séduire et obtenir un rendez-vous avec absolument toutes les filles qui existent à l’instant où on ressent le besoin et/ou l’envie d’une partenaire. La réalité matérielle effectue donc un premier tri en faisant qu’on ne côtoie et ne côtoiera jamais qu’une fraction des filles qui vivent en même temps que nous, fraction infime par rapport à l’ensemble, mais encore énorme à l’échelle d’un seul homme. Deux facteurs viennent opérer le second tri.
Le hasard tout d’abord. Vous prenez tel bus à telle heure, elle aussi : vous la côtoyez.
Votre style de vie ensuite. Vous sortez dans telle boîte de nuit, elle aussi : vous la côtoyez ; si vous restez devant votre ordinateur toute la soirée, le hasard n’est pas le seul responsable au fait que vous ne la croisiez pas. Mais même au sein de toutes celles que vous côtoyez, qui peuvent être de l’ordre de plusieurs dizaines par jour, vous avez instinctivement bien saisi qu’il fallait encore sélectionner, car vous n’en voulez pas plusieurs dizaines. Ainsi, inconsciemment, vous vous fixez sur une en particulier qui « sort du lot », qui « dégage quelque chose », qui vous plait. Et au lieu d’aller le lui dire, vous ne faites rien.
Le piège de l’idéalisation
C’est là que tout se joue, si c’est l’affaire d’un trajet en bus, les choses en restent là : vous descendez, pas elle, une heure après il n’en reste plus rien. Mais si elle descend en même temps que vous, ou si vous la recroisez par hasard le lendemain, ou, encore pire, si c’est tous les jours que vous êtes dans le même bus, votre attirance pour elle ne s’estompe pas, vous repensez à elle le reste du temps, mais vous ne lui avez jamais adressé la parole. Quand bien même, il se peut que vous la connaissiez un peu : vous vous côtoyez à la fac ou au travail, vous échangez des banalités tous les matins, vous avez des amis communs et participez parfois aux même sorties, c’est votre voisine, etc. Le problème n’est pas vraiment de lui parler ou non, même si dans la plupart des cas c’est directement à ce stade que ça bloque et c’est ce sur quoi se focalise toute votre attention, s’en faisant une montagne.
Le problème, c’est plutôt que vous ne lui faites pas comprendre clairement ce qui vous tient pourtant depuis le début : elle vous plait. Alors en attendant (mais en attendant quoi ?) vous faites « comme si », sauf que
vous préférez rester discret et le « comme si » se passe dans votre tête. Vous lui créez un double dans votre imaginaire, ce n’est plus elle à qui vous pensez, mais à un idéal, elle est pour vous fragile et délicate, vous vous imaginez doux et attentionné avec elle (ou plutôt avec ce que vous avez fait d’elle) et au fil du temps, celle qui est dans votre tête s’éloigne de plus en plus de celle que vous côtoyez, sans bien sûr que vous ne vous en rendiez compte. Il aurait fallu se montrer fort en lui montrant (intelligemment) qu’elle vous plaisait, vous l’avez idéalisé sans rien laisser transparaître (du moins volontairement).
A suivre :
« Les femmes sont expertes à exagérer leurs faiblesses, elles sont même inventives en faiblesses dans le but de se faire passer tout entières pour des ornements fragiles que blesse un simple grain de poussière : leur existence doit faire sentir à l’homme sa grossièreté et la faire peser sur sa conscience. C’est ainsi qu’elles se défendent contre les forts et tout « droit du plus fort ». Nietzsche – Le gai savoir
QuinteFlush
Et la meilleure manière d'éviter les pièges du fuis-moi je te suis / suis-moi je te fuis, c'est de comprendre les relations hommes-femmes sur notre forum

Et bien voilà un article fort bien écrit. Merci donc à QuinteFlush. Et la femme dans tout ça est-elle toujours exempte de tout reproche (mixed-signals)?
Commentaire par Belo — 26 avril 2008 @ 15:21
QuinteFlush... très bon, très très bon même.
Il m'est arrivé cela pas plus tard que samedi.
Commentaire par Sam Z — 28 avril 2008 @ 9:25
Le deuxième paragraphe est magnifique, une vraie maitrise stylistique.
Commentaire par Neoxys — 3 mai 2008 @ 14:48